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  • Lina Carmen
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 17:30

Le Capitaine Wolf fixait l’immense hublot qui garnissait le poste de pilotage. Emu, il observait cette bille noir striée de gris s’éloigner progressivement de son champ de vision.

« Et une de plus ! se dit-il. »

Lorsqu’il fut trop loin pour la distinguer, il se retira dans ses appartements, laissant le commandement à son second.

Fébrile, il alluma son cyber-intellect. Une jeune femme apparu et le salua chaleureusement :

— Bonjour Capitaine, que puis-je pour vous ?

— Saniya, j’aimerais que tu m’initialises quelques photos de la planète noire.

— Très bien, en voici quelques unes, dites-moi celle qui vous plait.

Plusieurs images défilèrent, présentant la planète sous différents angles.

« Stop ! s’écria le capitaine, enthousiaste. Celle-ci est parfaite. Mets en route la modélisation sur la base de cette photo. »

Obéissante, l’IA Saniya enclencha le processus de modélisation. Un monceau de matière flasque émergea d’un tube aux bords en éventail. Dans un bruit de ventouse, la boule immonde cherchait la forme à prendre.

Impatient, le Capitaine scrutait l’objet de sa convoitise de ses yeux ébahis, un filet de bave s’écoulant de sa bouche entrouverte.

Tressautant sous les ondes électriques, la masse peu ragoûtante pris une forme plus lisse, plus ferme, semblant se décider enfin sur le choix de son apparence. Puis, tel un mannequin se préparant pour son premier défilé, elle tenta un maquillage aux couleurs locales : noir et gris. Sur un fond charbonneux, elle traça des traits grisés plus où moins fin, ondulant sur sa surface ovale. Enfin, elle se grossit un peu plus, désirant se présenter à son plus bel avantage. Son plus fidèle fan pouvait enfin admirer toute sa beauté.

« Modélisation terminée. »

La Capitaine Wolf tandit sa main. La planète miniature tomba entre ses doigts. Délicatement, il la caressa de ses doigts noueux. Etait-ce son imagination ? Il lui sembla qu’elle avait tremblé à son contact.

Il ouvrit une cache secrète. Là, d’autres planètes en modèle réduit étaient alignées, flottant dans un mini-univers reconstitué. La planète noire rejoignit ses semblables.

Heureux, le Capitaine resta là un long moment, à les observer.

Certains collectionnaient des bijoux, d’autres des armes ou encore des animaux exotiques, lui, c’était les nouvelles planètes. Depuis une centaine d’années terriennes, il sillonnait les différents univers à la recherche de nouvelles planètes, à bord de son vaisseau spatial : « le Colomb ». Grand explorateur, il avait ainsi permis la colonisation d’une cinquantaine de nouvelles terres. Beaucoup d’entre elles étaient exploitées pour les nombreuses énergies ou minerais qu’elles renfermaient. La planète noire ne ferait pas exception. Recouverte d’une pierre noire, seulement traversée de bandes de poussières grisâtre où subsistait une peuplade d’insecte humanoïde, elle était certainement promise à un bel avenir aux mains des multinationales avides de pouvoir et de gain.

La suite ne lui importait guère. Seul comptait sa collection. Une seule préoccupation emplissait l’esprit du vieil explorateur : quel serait sa prochaine découverte ?

*

Sallymou poussa la porte de la boutique pour la énième fois. Star de la chanson, la belle aux formes arrondies et à la peau noire hésitait sur le motif à choisir. Elle savait que son choix serait crucial. Ses nombreux fans la suivront, inévitablement. Depuis plusieurs années, c’était elle qui faisait la mode. En tout cas, une seule chose était certaine : elle voulait une pierre noire. Mais quel piercing choisir ? Ce clou à la pointe effilée, cette boule luisante ou peut-être ce cœur noir ?

Son regard s’arrêta sur l’hexagone ténébreux, aussi gros que l’ongle de son pouce. Ses formes parfaitement géométriques, son noir profond brillant d’une luminosité peu ordinaire l’hypnotisèrent.

— C’est celui là que je veux, déclara-t-elle à la vendeuse.

— Vous en êtes certaine ?

— Oui.

— De toute façon, vous pourrez toujours l’échanger si vous changez d’avis.

— Ce ne sera pas nécessaire.

Sallymou ressortit, arborant son nouveau bijou sur le nez. Elle pensait déjà au prochain piercing qu’elle s’offrirait.

*

« Pour terminer notre journal télévisé d’aujourd’hui, je vous invite à suivre le reportage qui a pour thème : « Histoire d’une pierre ». Retrouvons immédiatement notre envoyé spécial sur la planète noire : Stephen Irving. »

« Chers téléspectateurs, comme vous le savez certainement, la planète noire, se situant dans la galaxie d’Andromède est depuis de nombreuses années une source inépuisable d’un minerai extraordinaire que nous avons appelé simplement : la pierre noire. Aujourd’hui, l’extraction de cette pierre a permise son utilisation dans de nombreux domaines mais le principal étant : la beauté ! Il est vrai que cette pierre, d’un noir éclatant et hypnotique, a su inspirer les plus grands créateurs de bijoux. Rares sont ceux, d’ailleurs, qui n’ont pas un piercing à l’effigie de la pierre noire. Moi-même, j’en possède plusieurs dont l’un ici, sur l’arête de mon oreille droite. Mais dans certains pays, cette pierre noire a d’autres vertus. Certains affirment qu’elle arrête le vieillissement et permet de vivre éternellement ! Pour cela, il suffit de la broyer et d’avaler la poudre avec une boisson de votre choix. Affirmation nullement confirmée par la communauté scientifique… Un autre marché vient d’ailleurs de s’ouvrir : celui de l’ameublement ! Certains virtuoses du burin ont transformé certaines pierres en table, chaise ou bureau. Tout cela en image dans quelques instants. Mais pour le moment, j’aimerai vous faire découvrir la planète noire et ses peuplades étranges. Ces extra-terrestres ressemblent à des insectes géants, plutôt laids mais extrêmement craintifs. Leur langage est incompréhensible. Nous n’avons jamais pu réellement communiquer avec eux mais ils n’ont jamais manifesté la moindre hostilité. Le plus étrange est qu’ils n’osent pas approcher, ni toucher la pierre noire. Ils vivent dans la poussière qui s’étend en de larges territoires. Au centre de l’une d’entre elle, s’élève un rectangle de pierre noire auquel ils semblent vouer une certaine dévotion, tournant autour en une danse insolite. Certainement une cérémonie religieuse. Nous avons donc décidé de leur laisser cette montagne de pierre noire, la planète en recelant suffisamment. Maintenant, suivez-moi, je vais vous montrer tout cela en image ! »

*

Sallymou se mirait dans le miroir, satisfaite. Ses cheveux tressés tombaient jusqu’aux fesses, sa poitrine ressortait sous le mini tee-shirt moulant et son short minuscule laissait ressortir ses cuisses charnues. Les pieds nus, elle avait pris l’habitude de monter sur scène en petite tenue afin de mettre en avant ses nombreux piercings. Maniaque, elle les recompta pour la dixième fois de la journée. Dix-neuf. De toutes formes et étalés un peu partout sur son corps, ils étaient tous de la même matière : la pierre noire.

Enfin, elle était prête. Exaltée, Sallymou entra sur scène.

*

Sur la planète noire, les insectes bipèdes s’agitèrent. Tous assemblés autour de la montagne noire, ils tapaient le sol anthracite de leurs pattes efflanquées. Un nuage de poussière s’éleva autour du rectangle sombre. Un sifflement perçant s’éleva de la masse.

Soudain, le ciel s’assombrit et la terre trembla. Nullement inquiets, les autochtones continuaient leur psalmodie sifflante. La montagne noire s’agita à son tour. Ses contours s’émoussèrent, sa taille se rétrécit de quelques pouces. D’un rectangle géométrique, elle se changea en une forme spongieuse, vibrant sous une impulsion invisible.

Excités, les insectes sautèrent sur place, accompagnant les trépidations qui secouaient le sol.

Une lumière irréelle, sombre et lumineuse à la fois, sortit de la pierre inconsistante, se déployant sur la multitude qui s’était tue en un seul mouvement.

Ivre de cette onde ombreuse, les plus proches s’élancèrent sur la paroi poreuse. Ils s’y agglutinèrent, restant collés comme sur un chewing gum. Silencieusement, les survivants observèrent leurs compatriotes se faire absorber par la pierre noire.

*

Sallymou chantait sous les cris de son public. Tout à coup, son nez la démangea fortement, puis ce fut la poitrine, le sourcil, le nombril, les lobes d’oreilles, la lèvre, la langue… Les démangeaisons se transformèrent en brûlures, de plus en plus fortes. La douleur devint vite insupportable. Elle tituba, s’agenouilla en hurlant de douleur, essayant d’arracher ses piercings qui lui consumaient la peau. Au même moment, les musiciens, le public, tous ressentirent les mêmes symptômes. Ils s’affalèrent, tandis que de nombreux cris de souffrance s’élevèrent dans la salle de concert.

Sallymou ne pouvait plus enlever ses piercings. Leur consistance avait changé. Mou et brûlant, ils irradiaient une lueur opaque. Elle vit subitement que le piercing de son nombril grandissait considérablement, cherchant à lui dévorer le ventre. Bientôt, elle ne vit plus rien, le piercing de son nez lui obstruant la vue. Epouvantée, Sallymou perdit connaissance.

*

Encyclopédie historique des univers connus : « La grande crise qui eut lui en 4 008 fut déclenchée par une catastrophe sans précédent : l’invasion de micro-organismes intelligents. Il fallut presque 25 ans avant de réussir à endiguer ce fléau. Ces formes de vie extra-terrestre avaient été importées sur terre sous l’aspect d’une pierre noire, utilisée comme bijoux pour les piercings. En réalité, il s’agissait d’êtres vivant en sommeil qui se réveillaient toutes les quinze lunes, selon le calendrier de la planète noire. Il s’avéra qu’ils se nourrissaient des insectes humanoïdes qui peuplaient la planète. Expatriés sur terre, ils s’attaquèrent aux humains sur lesquels ils se trouvaient. Beaucoup moururent des premières attaques et les survivants durent affronter une guérilla longue et éprouvante… »

 

De Lina Carmen vaisseau1

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 17:53

Voici le premier texte écrit par un nouvel auteur prometteur, je vous laisse découvrir Romu avec le titre : Un endroit de rêve.

 

 

« Ça y est ! Nous y sommes enfin ! »

Après deux heures d’hélico, je distinguais enfin cette île oubliée. Elle a été trouvée grâce aux photos du satellite Google. Je vais être le premier à pouvoir l’explorer et peut-être rencontrer un peuple encore inconnu.

L’hélico se rapprochant, c’est un magnifique panorama qui s’offrit à nous : eau cristalline, sable doré, plantes et arbres aux couleurs entremêlées de rouge et bleu, et de nombreux oiseaux colorés digne des derniers films pixar.

L’hélico me dépose enfin. Je suis le premier à poser un pas sur cette nouvelle terre : un petit pas…alors que je voulais me la jouer à la « Armstrong », je m’aperçois que le sable, bien qu’ayant tout de l’aspect du sable, possède une propriété particulière. Mes traces disparaissent au fur et à mesure que j’avance. Du coup, je ne suis plus sûr d’être le premier à avoir mis le pied sur cette île. Cette particularité mise à part, cette île est un endroit de rêve ! Aucune pollution, une eau limpide, un climat tempéré…

Je décide de partir vers la forêt où la végétation me semble de plus en plus bizarre. Je me rends compte avec étonnement, que celle-ci est translucide et fluorescente. Alors que je touche ce qui semble être une feuille, je suis intrigué par le bruit d’un animal. Difficile de définir si c’était un rugissement ou les piaillements d’un oiseau. Je retouche « la feuille » et de nouveau j’entends ce même bruit. Mais cette fois, un immense oiseau sort de derrière les arbres. Il est bleu luminescent avec des traits blancs opaques. Il a deux grandes ailes et une queue avec des feuilles. Apparemment, je l’ai dérangé. Il agite ses ailes et de nouveau pousse son hurlement. Prenant peur, je cours à travers cette forêt.

Je retrouve de nouveaux la plage, mais il semblerait que ce ne soit pas celle où je suis arrivé, car l’hélico n’est plus là. À moins que le sable l’ait fait disparaître, tout comme mes pas. En regardant au loin, je vois des arbres à l’apparence de palmiers. Je décide de m’en approcher. Plus je m’en approche, plus je constate là encore, qu’ils sont translucides. Mais je vois également, posté à côté, un crabe. Enfin quelque chose que je connais. Plus je m’en approche et plus celui-ci grossit, dépassant même les fameux crabes découpeurs de coco. Soudain, il semble passer à l’attaque. Prenant peur, je m’enfuis vers la forêt, pensant qu’il ne pourrait pas me suivre. Après tout, mes traces ne pouvaient être suivies ! Mais je me rends compte que celui-ci en pince pour moi et continue de me chasser. Il devient de plus en plus gros. Il a atteint un bon trois mètres de haut, et passe aisément à travers la forêt qui semble lui ouvrir le chemin. Je n’arrive plus à avancer ! Je suis pris au piège.

« Aaahhhhhh !! »

Essoufflement. Respiration haletante. Qu’est-ce qui se passe !?!!

« La semaine prochaine sur TF1, retrouvez Nicolas Hulot à la découverte du peuple Maya… »

Et voilà, je me suis encore endormi devant la télé ! Faut vraiment que j’arrête de regarder la télé au lit !

 

Lorax2.jpg 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 17:33

Le squelette endormi

Une enquête d’Etienne Dherbet

 

« Salut Dherbet ! Déjà au boulot ? »

Etienne sourit à Nasser Mayoud. D’un tempérament joyeux, son collègue lui opposait un visage empli de gaieté. Une attitude bien loin de la sienne, lui qui avait la renommé d’être le lieutenant de police le plus taciturne du commissariat.

— J’avais de la paperasse à finir. Je suis venu plus tôt.

— Moi, j’ai eu un mal fou à me lever ce matin. Le petit dernier n’a pas arrêté de pleurer !

— Tu t’es levé pour le calmer ? demanda Etienne, le sourcil relevé par l’incrédulité.

— Nan ! Ça, c’est le rôle de Samira. Mais il fait un tel vacarme que c’est dur de dormir !

Nasser s’était avachi sur son fauteuil, les mains derrière la nuque, tel un vacancier à la plage. Sa nuit mouvementée n’avait pas altéré sa bonne humeur.

Le téléphone sonna.

« Lieutenant Dherbet, j’écoute. Oui… je note… très bien, on arrive. »

Etienne raccrocha et se leva prestement.

— Au boulot Mayoud ! On a un cadavre qui nous attend.

— C’est parti ! Un peu de mouvement finira par me réveiller !

Les deux collègues rejoignirent le parking du commissariat et empruntèrent une voiture électrique. C’était une de ces petites autos que la municipalité avait acquise par souci d’économie. En cette année 2030, le coût du pétrole étant exorbitant, les solutions rentables étaient les bienvenues.

Une fois sur place, les deux policiers s’arrêtèrent devant une vieille bâtisse défraichie encastrée entre deux immeubles. Policiers et pompiers s’agitaient dans un bruissement d’abeilles travailleuses. Une certaine effervescence se dégageait de cette maison à la façade vieillissante. Curieux, Etienne et Nasser se hâtèrent d’apostropher le chef des pompiers.

— Lieutenant Dherbet et Mayoud. Vous pouvez nous expliquer ce qui se passe ?

— Oui, il n’y a pas grand-chose à dire. Mes hommes et moi avons été appelés pour entrer dans cette maison et nous avons retrouvé l’occupant, mort dans son lit.

— C’est un membre de la famille qui s’est inquiété ?

— Non, c’est le propriétaire de l’immeuble de droite. Une de ses locataires s’est plainte d’infiltration. Il a essayé de contacter la victime, en vain. Ne l’ayant pas vu depuis longtemps, ils se sont inquiétés. Ensuite, nous sommes entrés en scène !

— Bien, nous allons voir le cadavre.

— Accrochez-vous bien.

— Pourquoi ? demanda Mayoud. L’odeur est insupportable ?

— Ce n’est pas vraiment ça… disons que c’est assez impressionnant.

— Ah ! J’ai pas envie de voir Dherbet vomir son p’tit déj !

— Arrête tes pitreries et suis-moi, répondit Etienne, impassible.

Dès qu’ils mirent un pied à l’intérieur, une odeur rance et étouffante les pris à la gorge. Des monticules de poussières clairsemaient les meubles tandis qu’un labyrinthe de toiles d’araignées égayaient les plafonds. Les marches grincèrent sous leur pas, soulevant quelques nuages de poussières. A l’étage, un policier leur indiqua la chambre, les abandonnant immédiatement, le nez dans un mouchoir.

L’air vicié les fit suffoquer.

— On peut pas ouvrir les fenêtres ? interrogea Nasser.

— Pas avant que le corps soit emmené. La police scientifique ne va pas tarder.

Etienne s’approcha du lit. Sa stupeur fut complète. Un squelette blanchâtre surmonté d’un pyjama crasseux dormait sur son lit tombal.

— Mais c’est quoi ça ? s’étonna Nasser. Il est là depuis quand ?

— J’en sais rien. En tout cas, ça fait un petit moment qu’il est mort.

Ils en avaient assez vu. Ils décidèrent de sortir afin de respirer au grand air. La police scientifique arriva à ce moment là. Une jeune femme blonde, revêtu de l’équipement de protection indispensable aux membres de la police scientifique, descendit de la fourgonnette. Un homme plus jeune la suivait de près.

— Lydia ! s’exclama Nasser. Tu tombes bien, on a une petite surprise pour toi ! Elle se trouve au premier et à mon avis, tu vas bien t’amuser !

— Nasser Maoud ! Toujours aussi joviale à ce que je vois ! Bonjour Etienne. Si j’ai bien compris, la victime est à l’étage ?

— Oui, dans sa chambre. Si tu pouvais l’emmener rapidement, ça m’arrangerait.

— Bien sûr, Matthias et moi nous en occupons immédiatement.

Les deux médecins les quittèrent, prêts à se mettre au travail.

— C’est quoi le programme maintenant ?

— On attend la juge d’instruction, elle ne devrait plus tarder.

— Ah oui ! Aleyna ! Elle a un peu de retard.

La juge d’instruction, Aleyna Kiliç, une jeune turc aussi compétente que jolie, fit son entrée au moment où Lydia et Matthias sortaient avec le corps.

— Qu’en dis-tu Lydia ? Il est mort depuis combien de temps ?

— Tu as vu son état ? Il est mort depuis plus de dix ans !

— Mais… il s’est décomposé dans son lit ?

— Oui Etienne, tous les indices prouvent qu’il est mort dans son lit, il y a plus d’une dizaine d’années.

Aleyna s’approcha du petit groupe, impatiente de connaitre la situation :

— Bonjour tout le monde, alors qu’est-ce que ça donne ? Je peux voir la victime docteur ?

Lydia défit la fermeture, dévoilant le crâne nu.

— Et bien ! On n’en rencontre pas tous les jours des cadavres comme celui-là ! Vous pensez qu’il a été tué ?

— Tout porte à croire qu’il est mort naturellement. Mais je vais essayer d’en apprendre un peu plus en examinant ces restes.

— Bien. Vous pouvez y aller. Mayoud et Dherbet, ça vous dit une petite fouille ? Il faut qu’on en apprenne un peu plus sur la victime.

— Moi je veux bien, mais avant tout, j’ouvre toutes les fenêtres !

Nasser s’élança à l’intérieur, mettant son projet à exécution tandis qu’Aleyna inspectait les différentes pièces. Etienne s’était attaqué à une commode aux tiroirs profonds, débordant de papiers divers.

Mayoud revint de la cuisine, une grimace sur le visage :

— Pouah ! Tu verrais le frigo, c’est une horreur ! Une vraie culture de moisissures !

— J’ai ici plusieurs factures d’électricité au nom d’Alfredo Perez. Les plus récentes date de 2015.

— 2015 ? Tu veux dire qu’il serait mort depuis 15 ans ?Wouah ! Quelle histoire !

— Ce qui m’intrigue, c’est que l’eau et l’électricité n’ont pas été coupées.

— Oui, et aucun courrier derrière la porte d’entrée, ajouta Aleyna qui venait de faire son apparition dans la salle à manger. C’est assez étrange à vrai dire. Tout indique que cette demeure n’a pas été entretenue depuis longtemps et pourtant on dirait que le courrier a été ramassé.

— Vous voulez dire que quelqu’un serait venu le ramasser ? demanda Etienne à Aleyna.

— Je ne sais pas. Je ne fais qu’exposer les faits. Pour le moment.

— Ou bien… tenta Nasser, c’est peut-être le mort qui a lu son courrier et payé ses factures !

— Restez professionnel Mayoud, le gronda Aleyna. Bon, je vous laisse terminer la fouille, j’ai un premier compte-rendu à rédiger.

Etienne regarda Aleyna s’éloigner. Ses pas emportèrent sa silhouette affinée par des bottes à talons hauts. Elle avait la démarche à la fois élégante et assurée de la femme d’affaire.

— Eh ! T’as fini de la regarder comme ça ? Tu vas finir par baver !

— T’as jeté un œil à l’étage ?

— C’est bon, j’y vais !

Les deux policiers fouillèrent minutieusement toute la maison. Ils avaient l’impression que le temps s’était arrêté en 2015 : les journaux, les dates de péremption, les lettres et les factures, tout laissait à penser que cette vielle bâtisse nauséabonde était devenue la demeure tombale de son propriétaire. Tel un pharaon dans sa pyramide, Alfredo Perez avait fait le grand voyage entouré de ses biens (pas très précieux mais c’était certainement ce qu’il avait de mieux).

— Allons voir Lydia, déclara Etienne.

— Le squelette te manque déjà ?

— Elle aura peut-être des détails à nous donner sur les circonstances de sa mort.

Les résultats ne furent pas très probants. Lydia lui expliqua que le squelette ne lui avait rien appris.

— Il est certainement mort d’une crise cardiaque, dit-elle. Après tout, il avait 76 ans !

— Mais si on l’avait étouffé, pourrais-tu le voir ?

— Peut-être pas mais quand-même, quand on appuie fortement sur le visage ou la trachée, on risque d’y laisser des marques.

— Bien, merci Lydia.

Etienne se dit qu’elle avait peut-être raison. Après tout, on l’avait retrouvé dans son lit, en pyjama. En somme, une très belle mort ! Peut-être meilleure que son existence puisque pendant 15 ans, personne n’avait remarqué son absence. D’ailleurs cette idée était des plus étonnantes. Pourquoi les voisins n’avaient rien remarqué ? Cette indifférence le stupéfiait.

Un coup de fil d’Aleyna réveilla ses soupçons.

« J’ai pensé à son courrier. Je me suis dit qu’il avait peut-être une boîte postale. Pouvez-vous vérifier ? »

L’idée était plausible. Mais dans ce cas, la poste aurait dû remarquer son absence ! Et comment avait-il continué à la financer ?

Lorsqu’ils trouvèrent une boîte postale au nom d’Alfredo Perez, Nasser ne put s’empêcher de lancer, à demi sérieux :

— Tu crois que le mort est sorti pour venir chercher son courrier ?

Etienne interrogea la guichetière :

— Dites-moi mademoiselle, avez-vous déjà vu M. Perez Alfredo ?

— Oh oui ! Il vient tous les lundis et jeudis, à la même heure, pour relever son courrier ! Il est réglé comme du papier à musique !

Etienne et Nasser étaient abasourdis ! Les délires de Nasser allaient-ils se vérifier ? Ce dernier imaginait déjà le squelette, en pyjama, déambuler dans la poste, saluant son entourage d’une main aux phalanges bruyantes. Se réveillait-il parfois pour vaquer à ses occupations quotidiennes ?

— Et… Il ressemble à quoi ? Ne put s’empêcher de demander Nasser.

— C’est un vieil homme de plus de 80 ans. Les cheveux et la moustache blanche. Il marche avec une canne.

— Vous pourriez le reconnaitre ?

— Bien sûr ! Mais qu’est-ce qu’il a fait ?

Ces quelques mots brûlaient les lèvres de Nasser : « Il a commis le délit de mort-vivant ! » Mais cette fois il se retint, par respect pour son collègue dont les sourcils se plissaient sous une concentration soutenu. Il flairait quelque chose, c’était certain ! Mais quoi ? Pour Nasser, cette histoire était inexplicable ! Le compte-rendu à Aleyna ne se fit pas attendre. Quand elle comprit qu’un usurpateur se faisait passer pour M. Perez, elle ordonna qu’un portrait robot soit effectué, que les draps soient analysés et qu’Etienne et Nasser pistent le pseudo M. Perez devant la poste.

Le lendemain, un jeudi matin, armé du portrait-robot établi grâce à la guichetière, Etienne et Nasser attendaient devant l’entrée du bureau de poste. Le temps se déroula lentement dans l’attente impatiente d’un résultat imminent. Malheureusement, la matinée fut vaine.

— A quelle heure vient-il d’après l’employée ?

— A 10h.

— Il est 11h45. Je pense qu’il ne viendra pas. Et tu sais pourquoi ? Parce qu’il est enfermé à la morgue !

— Arrête tes bêtises. Je crois surtout qu’il sait qu’on le recherche.

— Et comment ?

— C’est passé dans tous les journaux. Il sait qu’on a retrouvé le squelette. Il va se méfier.

— Bon, bon… faut trouver autre chose pour le coincer alors…

— Rentrons.

Aleyna reçut les deux policiers avec le sourire. Elle avait quelques informations supplémentaires à leur communiquer. Etienne, toujours affublé de son éternel imperméable démodé, les cheveux brun coupé très court, ses yeux noisettes brillant d’intelligence, entra le premier. Son collègue le suivait de près, d’un pas désinvolte, s’attardant déjà sur l’étude des rayonnages du bureau de la juge.

— J’ai du nouveau ! leur annonça-t-elle. L’analyse des draps révélent que la victime s’est bien décomposée dans son lit. Elle n’a pas bougé depuis 15 ans. On s’en doutait déjà ! Mais j’ai la confirmation que quelqu’un se fait passer pour M. Perez. Son compte bancaire est toujours alimenté par sa retraite et des factures concernant sa maison ont été payées par chèque au nom de M. Perez. Et vous ? Avez-vous vu notre suspect ?

— Non, il ne s’est pas présenté.

— Dommage… mais heureusement, grâce à mes recherches, nous avons une adresse. Un virement automatique d’un montant de 530 euros est effectué chaque mois à l’intention d’un certain M. Kuzc. Ce dernier m’a certifié que c’était pour la location d’un appartement. Je vous envoie immédiatement l’adresse sur vos ordinateurs de poche.

— Bien, nous y allons tout de suite, assura Etienne.

Nasser suivit son collègue. Il s’approcha de son oreille et lui glissa :

« Je te parie qu’il n’y aura personne. Il est coincé à la morgue… »

Etienne sourit. Cette histoire amusait beaucoup Nasser. Mais qu’est-ce qui ne l’amusait pas ?

Quand ils arrivèrent devant la porte de l’immeuble, ils tombèrent nez à nez avec leur suspect. Une valise dans une main, sa canne dans l’autre, il tentait de prendre la fuite…

« M. Perez Alfredo ? »

Incapable de fuir, le vieil homme hocha de la tête en soupirant.

« Veuillez nous suivre, nous aimerions vous interroger. »

Aleyna les attendait derrière son bureau, sa greffière prête à enregistrer la conversation. Etienne avait fait assoir le vieil homme face à la juge. Lui et Nasser attendait, debout, près de la porte.

— Bonjour monsieur. Je suis Aleyna Kiliç, juge d’instruction. Ceci est donc une instruction, je vais vous interroger concernant la mort de M. Perez Alfredo ainsi que l’usurpation de son identité. Avez-vous bien compris ce qu’il se passe ?

— Oui.

— Pourquoi êtes-vous ici ?

— Parce que je me fais passer pour Alfredo.

— Tout à fait. C’est très bien de le reconnaitre.

— Je n’ai pas le choix. J’imagine que vous avez des preuves !

— Oui, plus que suffisantes. Mais tout d’abord, comment vous appelez-vous ?

— Mimoun Benamin.

— M. Benamin, comment avez-vous connu M. Perez ?

— Nous avons été hospitalisé ensemble. Il n’avait pas de famille et je suis devenu son seul ami.

— Pourquoi vous êtes-vous fait passer pour M. Perez ?

— J’étais SDF, sans revenu à 72 ans. Qu’est-ce que vous vouliez que je fasse ? Je n’avais pas beaucoup de solutions…

— Comment est mort M. Perez ?

— Il est mort dans son lit. J’en ai profité pour utiliser sa carte bancaire, sa retraite…

— Mais pourquoi avez-vous continué de payer les frais de la maison de M. Perez ?

— Pour cacher le corps. Si tout paraissait normal, j’avais des chances de continuer à vivre ainsi. Alfredo toujours vivant, qui pouvait soupçonner que ce n’était pas lui ?

— Mais « cacher le corps » comme vous dites, c’est une attitude assez singulière. N’auriez-vous pas autre chose à cacher ?

— Pourquoi ? Qu’avez-vous trouvé d’autre ?

— Je vous demande de répondre M. Benamin, que vouliez-vous surtout cacher ?

— Les journaux ont dit qu’il n’était plus qu’un squelette. Après tout, au bout de 15 ans… Il ne pouvait pas rester grand-chose !

— Nous pouvons y voir beaucoup de choses malgré tout.

— Vraiment ? Vous avez donc vu qu’il est mort d’une crise cardiaque.

— M. Benamin, il vaut mieux jouer franc jeu avec moi. Etes-vous responsable de la mort de M. Perez ?

— Je suis coupable d’avoir usurpé son identité. J’en ai bien profité pendant 15 ans. Je savais que sa finirait un jour. J’ai 87 ans vous savez. Je n’ai plus rien à attendre de la vie et je n’ai plus rien à vous dire.

Aleyna ne put rien en tirer de plus. Mimoun Benamin était muet comme une carpe.

Il fut inculpé pour usurpation d’identité.

— Tu crois qu’il l’a tué ? demanda Nasser à Etienne.

— J’en sais rien. En tout cas, si c’est le cas, il aura brillamment réussit son coup.

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 09:24

fantastique15Le vent s'engouffrait dans les frondaisons, faisant tressaillir les branchages. Les feuilles se soulevaient sous le souffle chaud, vibraient violemment. Le bois craquait à chaque bourrasque, les brindilles s'envolaient brusquement.

Un gros chêne généreux résistait au souffle écrasant. Sous chaque bourrasque, il grésillait de tout son bois, acceptant humblement les coups violents. Le vent, tel un chirurgien, coupait dans la chair végétale du centenaire. Avec précision et rapidité, il égalisait le visage vert de l'homme de bois. Cassant une branche par-ci, une autre par-là, il modelait à son bon plaisir des joues larmoyantes. D'un souffle puissant, il élaguait le superflu, éliminant ces rides viellissantes. Il s'attarda pendant deux longs jours, insatisfait. Il coupait, tranchait, épargnait, recollait, espérant atteindre cette perfection esthétique qu'il chérissait tant.

Fatigué, il s'essoufla. Ses coups s'amoindrient, sa précision s'étiola. Il finit par abandonner. Avec douceur, il s'effaça, s'éloigna et admira son oeuvre. Un chêne dépouillé et clairsemé apparut. Le vent sourit de ce sourire triste d'un travail déjà achevé. Ses bras tempétueux avaient modelés un homme-bois érodé par son souffle destructeur.

Abimé mais droit, le chêne se dressait, plus fort que jamais.

 

De Lina Carmen

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 23:24

Voici un texte que j'ai écris pour le concours de la communauté Autres Mondes. Le thème : "Et si ?"

Je mets en lecture le texte d'origine qui est beaucoup plus long que celui que j'ai envoyé pour le concours. En effet, il ne faut pas dépasser les 6 000 signets, espaces compris et j'en ai 8 341 ! J'ai donc fait de grosses découpes dans mon texte. Snif ! Je n'aime pas beaucoup faire ça alors pour vous, je publie l'originale.

Bonne lecture !

 

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« Il revient à lui ! »

 

Près d’un homme gisant sur un lit d’hôpital, Mouna appelait ses collègues. Excités, ils se précipitèrent. Ils étaient trois maintenant, observant avec inquiétude ce malade si précieux. Des joues roses sous une jolie barbe blanche, des moustaches en guidon, un ventre rebondi, il ne semblait pas si malade que ça. C’est juste qu’il fût mort. Je dis bien "fût" car maintenant il vivait.

 

« Il ouvre les yeux ! »

 

Mouna se plaisait à commenter ce que tous observaient.

 

Le mort reprenant vit, cligna des yeux, gêné par la luminosité de la pièce. Il tourna son visage débonnaire vers chaque individu, fronça les sourcils et dit :

 

« Si je ne m’abuse, l’heure du déjeuner ne doit plus être loin. J’ai une tendre inclination pour le caviar. Enfin, ce n’est qu’une simple suggestion, je laisse le soin à votre cuisinier d’en décider. Mais dites-moi, où suis-je ? »

 

Avec curiosité, il examina les murs peints d’un vert pâle, l’électrocardiographe s’animant au-dessus de lui, les draps de coton ornant son lit.

 

— Vous êtes à l’hôpital, lui répondit Mouna, toujours prompte à ouvrir la bouche.

 

— Diable ! Que m’est-il donc arrivé ?

 

— Une crise de diabète assez sévère.

 

— Ah ! Mais je vais mieux, je me sens très bien.

 

— Oui, enfin… vous en êtes mort tout de même !

 

— Mort ? Que dites-vous là mademoiselle ? J’ai plutôt l’impression d’être vivant.

 

— Maintenant oui, et grâce à la science. Une machine, la RGH330 vous a ramené à la vie.

 

L’homme l’observa, sceptique. Mais peu enclin à contredire une demoiselle, il se retint de répliquer.

 

« On va vous apporter votre repas M. Verne »

 

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Jules Verne était installé confortablement dans un fauteuil moelleux, les yeux rivés sur un magazine. Plus qu’un magazine d’ailleurs, il s’agissait d’une revue scientifique. Le visage de notre romancier exprimait la perplexité. Il soupira, leva les yeux vers la fenêtre toute proche et s’exclama :

 

« Quelle époque ! Mais quelle époque ! C’est extraordinaire ! »

 

Il tourna une page et repris sa lecture avec une concentration soutenue.

 

On frappa à la porte.

 

« Entrez ! »

 

Un jeune homme, dans la trentaine, les cheveux mi-long, les yeux sombres, la barbe naissante, fit son entrée.

 

— M. Verne ! C’est un immense honneur de faire votre connaissance. Je suis Nicolas Delannaye. Je suis votre guide pour le colloque d’aujourd’hui.

 

— Et bien je suis enchanté de faire votre connaissance M. Delannaye. Dites-moi, quand partons-nous ?

 

— Immédiatement, enfin, si vous êtes prêt.

 

— Bien entendu, je vous attendais en faisant quelque lecture de ceci, dit-il en désignant une pile de revues scientifiques.

 

— Ah ! Je vois, de vieilles habitudes…

 

Ils sortirent.

 

« Voici ma voiture, » annonça M. Delannaye tout en montant. 

 

Jules Verne tenta d’ouvrir la portière mais il avait encore quelques difficultés avec les poignées.

 

— Mais montez devant M. Verne ! Ce sera plus facile pour discuter. Je ne vais pas rater l’occasion de vous interroger !

 

— Depuis mon réveil, tout le monde veut m’interroger ! rétorqua M. Verne en s’exécutant. Je ne compte plus les interviews.

 

— Oui, je vous ai vu à la télévision, répondit M. Delannaye tout en conduisant, c’était passionnant ! Heu… pouvez-vous mettre votre ceinture s’il vous plait ? C’est obligatoire.

 

— La télévision ! Quelle invention remarquable ! D’un point de vue scientifique, c’est une machine admirable, mais je dois dire que son utilisation me laisse pantois.

 

— Vous laisse quoi ? Que voulez-vous dire ?

 

— Et bien, toutes ces réclames entrecoupant les films cinématographiques par exemple, quelle réelle utilité ? Elles semblent si… enfantines ! Et ces émissions où les gens révélent publiquement leur vie privée et leur préférence sexuelle ! C’est effarant ! Je ne suis pas certain de m’y habituer.

 

— Le monde a bien changé depuis votre époque ! J’ai appris lors de votre interview que vous vous voyez plus comme un scientifique que comme un romancier de science fiction.

 

— Ce n’est pas tout à fait exact. Je ne suis pas à proprement parler un scientifique. Je m’y intéresse, voilà tout. Mes romans n’avaient comme vocation que d’enseigner des données scientifiques aux jeunes esprits, de manières ludiques. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi vous me voyez comme un précurseur de la science fiction. J’ai mis en scène la science et j’ai deviné sa progression. Je suis d’ailleurs assez fier d’avoir compris certaines choses qui se sont ensuite réalisées ! Par contre, si vous voulez connaître un véritable auteur de science fiction, lisez Herbert George Wells. La plupart de ses idées son irréalisables et non scientifique, de la fiction, rien que de la fiction !

 

— C’est amusant que vous me parliez de lui, car justement, j’ai appris qu’il sera présent au colloque.

 

— Que dites-vous ? M. Wells est vivant ?

 

— Oui, tout comme vous. Les anglais l’ont ramené à la vie. Eux aussi ont réussi à mettre la main sur son ADN.

 

— Mais… vous ramenez beaucoup de monde à la vie comme ça ?

 

— Assez, oui. Les égyptiens, avec toutes leurs momies, ont ramené beaucoup de monde. Leur vision de l’histoire a totalement changé ! En France, nous avions bien quelques reliques comme des os par exemple mais bien souvent, en les ramenant à la vie, on s’est rendu compte qu’il ne s’agissait pas toujours de la personne à laquelle on s’attendait. On a souvent était déçu ! Alors, vous imaginez bien que nous étions enthousiastes quand nous avons pu récupérer votre mèche de cheveux. Et quelle joie de constater que vous étiez bien vous ! Vous savez à quoi tout ça me fait penser ? Vous disiez que vous avez anticipé certaines avancées scientifiques et bien au 20ème siècle, nous avons eu un film qui a deviné qu’un jour, avec un petit morceau d’ADN, on pourrait ramener quelqu’un à la vie ! Le 5ème élément, vous l’avez vu ?

 

— Non, désolé mais je me suis plutôt attardé sur de saines lectures. Un film de science fiction… non, vraiment, je ne suis pas intéressé.

 

Ils partagèrent ainsi différentes pensées pendant tous le trajet. Ils arrivèrent enfin à destination.

 

...................................................................................................................................................................................................... 

 

Jules Verne avait écouté avec attention les conférences scientifiques. Il allait de découverte en découverte. Après le déjeuner, il avait eu le plaisir de rencontrer son homologue anglais : H.G. Wells.

 

— Cher ami ! lui avait-il lancé. Alors, vous aussi on vous a ramené à la vie ?

 

— Jules Verne ! Quelle joie de vous revoir ! Qui aurait pu dire que nous nous retrouverions ici, à cette époque !

 

— Il est vrai que même moi, je n’aurais pu ! Et pourtant, j’en ai deviné des choses !

 

— Vous avez vu comme ces gens nous admirent ? Nous sommes les pères de la science fiction !

 

— Ah ! Je dois dire que cette idée n’est pas des plus flatteuses. Je me sens romancier, certes, mais ce sont des écrits scientifiques que j’ai mis sur le papier, des notions bien réelles ! Il n’y a pas de « fiction » dans tout cela.

 

— Vous vétillez cher ami ! Admettez que ce ne sont pas des articles scientifiques que vous avez publié mais bien des romans !

 

— Certes, certes… mais de là à dire qu’il s’agisse de science fiction…

 

— Et que pensez-vous de cette époque ?

 

— Elle est épatante ! La science a avancée d’une manière fulgurante !

 

— La science, oui, mais avec elle la violence, les génocides, la bombe atomique…

 

— C’est vrai M. Wells, vous avez raison, le tableau a un côté assez sombre. Nous avons encore de nombreuses choses à découvrir. Que comptez-vous faire ?

 

— J’aimerai me remettre à écrire mais…

 

— Vous avez des idées ?

 

— Non, justement. Voyez-vous M. Verne, je me demande sur quels sujets je pourrais écrire.

 

— Moi-même j’y ai réfléchi et je me pose une question. Que pourrions-nous anticiper ? Cette époque a déjà tout inventé !

 

— Tout à fait. Je me sens dépassé, comment pourrais-je continuer à écrire de la science fiction ?

 

Ils soupirèrent tous les deux. Qu’allaient-ils pouvoir faire de cette nouvelle vie qui leur ouvrait les bras ?

      ..................................................................................................................................................................................................................... 

 

Mais ils ignoraient ceci :

 

Quelques mois plus tard.

 

— Alors Mouna, Verne a rendu son dernier souffle ?

 

— Et oui ! Jour pour jour, un an après il s’est complètement disloqué, comme tous les autres.

 

— Et qui est le prochain sur la liste ?

 

— Tu ne vas pas en revenir, dans quelques heures, on va nous ramener la tête d’Henri IV !

 

— Henri IV ! Et bien, c’est quelque chose ça ! Ce sont les historiens cette fois qui ne vont pas s’ennuyer !

 

— Oui ! Ils auront un an pour lui soutirer un maximum d’informations. On en fait des progrès grâce à la science !

 

 De Lina Carmen

 

 

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 11:13

Depuis quelques temps déjà, je fais partie de la communauté Autres Mondes. J'aime participer à leurs concours et lire le webzine de la communauté. Le concours de cette saison, hiver 2012, est : "Les glaces galactiques et l'infini intersidéral". Un théme trés SF ! Vous imaginez bien, j'ai été inspirée ! Voici donc mes deux textes.

Bonne lecture !

 

Autre Galaxie.

Ma fascination pour l’univers m’avait amené à voyager à bord de l’Orion, aux confins de l’espace. Mon enthousiasme pour cette expédition scientifique avait occulté le danger de ce périple galactique. Comme je regrettais maintenant mon manque de méfiance ! Depuis que nous avions atteint les glaces galactiques, tout allait de travers. Mon vif désir de percer les mystères de cette partie de l’univers dénuée d’énergie, n’était toujours pas assouvi. Nous nagions dans l’ignorance la plus complète.

A vrai dire, c’était assez étrange. Nous planions dans le vide, le néant, sans aucune luminosité. Aucune petite étoile blafarde pour éclairer l’habitacle de notre vaisseau ! Depuis que nous nous étions engouffrés dans cette mélasse noire, tous les moteurs s’étaient arrêtés. Alfred avait bien examiné chaque partie de l’Orion, mais ce mécanicien de génie n’y comprenait rien, lui non plus. Tout était en parfait état de fonctionnement et pourtant… rien ne fonctionnait.

Qu’est-ce que tout cela signifiait ? Le temps s’écoulait encore plus lentement que dans notre galaxie. Impossible d’évaluer le nombre de journées terriennes que nous avions passé depuis l’incident. J’imaginais que de nombreux mois s’étaient succédés. Mes compagnons perdaient espoir, Alfred surtout, qui vidait nos réserves d’alcool à grande vitesse. D’ailleurs, je craignais fortement pour leur santé mentale. Quant à moi, je m’étais installé dans une rêverie coutumière, celle qui m’avait toujours évité de succomber à la folie.

Je rêvais donc à un jardin paisible auréolé de lumière, quand Lisa remarqua une lueur dans le noir du cosmos.

« Regardez ! dit-elle. Il y a une lumière, là-bas ! »

Parcouru d’un grand frisson d’espoir, nous nous sommes tous agglutinés contre la paroi vitrée.

— Mais oui ! s’écria Alfred, il y a une lumière ! Tu as vu ça Tim ? me demanda t-il avec une lueur de folie.

— Oui, j’ai vu. C’est étrange.

— Mais qu’est-ce que ça peut bien être ? demanda notre dernier compagnon, Shivan.

Nous n’en savions absolument rien. Mais après cette longue attente monotone, ce rayonnement apportait un divertissement inespéré. Et qui sait, peut-être un espoir de retour chez nous.

«On dirait qu’elle s’approche remarqua Lisa. »

En effet, la lueur grossissait à vu d’œil. Dans peu de temps, nous saurions  ce qui nous attend : délivrance ou anéantissement ?

Le temps s’écoula dans le silence angoissant de l’attente de la découverte.

— Je crois que c’est un vaisseau, commenta Shivan.

— Ami ou ennemi ? gloussa Alfred, hésitant entre les pleurs et le fou rire.

— Mais… c’est un vaisseau terrien ! s’exclama Lisa au moment où je me faisais silencieusement la même réflexion. Ils viennent nous chercher !

Nous n’avions pas la possibilité de communiquer avec eux. Nous avons donc repris notre interminable attente.

Le vaisseau se rapprocha si près de nous que, grâce à son éclairage intérieur, nous pûmes distinguer ses occupants. Nous restions bouche bé. En face de nous, se profilait nos sosies. Quel était donc ce mirage ? Etait-ce un effet des glaces galactiques à l’image des déserts terriens ? Nous avions l’impression de nous observer dans un immense miroir. Le sentiment d’une hallucination s’évapora rapidement quand nous entendîmes dans nos têtes ma propre voix :

« Terriens, vous vous êtes égarés dans notre monde. Votre présence affecte le bon fonctionnement de notre univers. Nous aimerions que vous regagniez votre galaxie. »

Mes trois compagnons me fixèrent intensément. Je leur fis comprendre que je n’étais pas le porteur de ces paroles.

— Nous sommes plutôt en mauvaise posture, aucune commande ne fonctionnent, nous ne pouvons pas bouger.

— Cette situation est délicate. Il faut absolument que vous quittiez notre univers.

— Puis-je me permettre une petite question ? Qui êtes-vous ? Où plutôt, qu’est ce que vous êtes ? Vous ne pouvez pas être nous…

— Nous avons pris votre forme afin de communiquer avec vous. Notre univers ne se situe pas au même niveau que le vôtre. Il nous a été assez délicat de parvenir à votre état matériel. Notre monde est invisible à vos yeux, mais votre influence est palpable. Depuis votre arrivé, de nombreux bouleversements ont eu lieu, tuant nombre d’entre nous.

— J’en suis désolé, dis-je sincèrement. Nous n’avions pas imaginé créer tant de troubles. Mais nous ne demandons qu’à rentrer chez nous. Pouvez-vous nous aider à retrouver l’usage de notre vaisseau ?

— D’après nos savants votre vaisseau redémarrera quand vous serez dans votre univers. Nous allons vous arrimer et vous éloigner de notre espace.

Ainsi, la bonne vielle méthode de la tractation nous permit de retrouver nos étoiles. Quelle joie de revoir les lumières de l’univers ! Enfin, de notre univers… Nous n’avions pas apporté de données scientifiques des glaces galactiques mais nous avions appris l’essentiel : cette noirceur dans l’infini intersidéral cachait en fait un autre univers. Pourrions-nous un jour le voir ?

vaisseau4

  

Les Vampires du froid

  

Le Galactic, le 3 septembre 3056.

Nouvelle découverte au palmarès du Colomb.

Après l’exploration du système stellaire Centauri, le vaisseau spatial le Colomb aux commandes du Capitaine Wolf, s’est aventuré dans le système de Polaris. Ce dernier, constitué de deux soleils et de nombreuses planètes, recèle de nombreux minerais. La surprise vient sans nul doute de la planète des glaces, baptisée également par nos spationautes : Galactika. En effet, après de nombreux tests, il s’avère que cette planète renferme une eau douce aussi pure que nos propres glaciers à l’époque où ils existaient encore. Lors du congrès international de la répartition des découvertes à Saint-Pétersbourg, trois multinationales ont été désignées pour acheminer cette eau si précieuse : la Compagnie Garnier, Klioutchevski et Wan Shi Lu. Attendons-nous dans quelques mois à goûter cette eau « extra-terrestre ».

De Jonaris Pietrik, reporter international.

  

Le Galactic, le 18 août 3057.

Les brèves du jour.

Ouvrez votre robinet, l’eau que vous buvez aujourd’hui est celle qui vient de Galactika ! Cette eau bénite arrive à point nommé, nos réserves naturelles étant épuisées.

Le prix de l’eau courante a augmenté. Il sera désormais de 56 dollars le m3. Une augmentation de 3%, lié aux frais de transport.

  

Le Galactic, le 20 décembre 3057

Prévisions pour l’année 3058

Le prix de l’énergie va augmenter de 2% suite à la demande, toujours plus accrue. En effet, nos climatiseurs n’ont jamais autant fonctionné ! Il y a cinq mois, la température moyenne des bâtiments était de 20°. Depuis deux mois, elle avoisine les 13° !

  

Le Galactic, le 2 février 3057

Le ministère de la santé en alerte

Une épidémie mystérieuse frappe une quinzaine de pays. Les personnes touchées ressentent tout d’abord de fortes démangeaisons sur la peau, transpirent abondamment et manifestent une forte sensibilité à la lumière et la chaleur. Les recherches effectuées par l’OMS révélent un agent pathogène inconnu dans le sang des patients. La vie des malades n’est pas en danger mais ne supportant pas la chaleur du soleil, ils ne sortent plus en plein jour. Certains les ont d’ailleurs surnommés les « Vampires du froid ».

L’OMS nous certifie que ce virus ne se propage pas dans l’air. Il ne peut être qu’absorbé. Reste à déterminer le vecteur du virus. Différents aliments ont été soumis aux tests, sans résultat. Les recherches continuent. En attendant, les malades ont été confinés dans des hôpitaux spécialisés dont la température interne avoisine les 10°, seul remède soulageant les victimes.

De Jonaris Pietrik, reporter international.

 

Le Galactic, le25 septembre 3057

Augmentation alarmante du nombre des Vampires du froid

Le nombre des personnes contaminés par le virus AT1P1 a doublé en quelques mois. Désormais, la moitié de la population mondiale est touchée. D’autres symptômes inquiétant ont touché les malades les plus anciens : veines bleutés sur peau translucide, perte des cheveux, des poils et des ongles.

Leur aspect rebutant leur a valu le rejet de la population saine. Nombre d’entre eux se sont regroupés dans des quartiers désaffectés, bien souvent d’anciennes usines réfrigérantes pour aliments. Méfiants, ils ne laissent entrer aucune personne non atteinte par le virus du froid. Sortant peu, on se demande comment ils peuvent s’alimenter…

De Jonaris Pietrik, reporter international.

 

Le Galactic, le 19 octobre 3057

Les brèves du jour.

Chute des bourses mondiales : c’est la plus grande crise que l’humanité ait jamais connu. Des émeutes et des cas de vandalisme sont à déplorer dans tous les pays. Les trois-quarts de la population mondiale étant atteint par le virus AT1P1, l’économie est paralysée.

Les Vampires du froid revendiquent leur droit à exister en tant que race à part entière. Ils se sont prénommés « les Glacios » et affirment ne pas être malade. Pour preuve, ils ont fait parvenir à l’OMS plusieurs échantillons de leur sang. Aucune trace du virus du froid.

 

Le Galactik, le 4 janvier 3058

Bilan du congrès international pour la paix

Le principal sujet au programme était l’avenir des  « Glacios ». Grâce aux échantillons de sang reçus ainsi que ses recherches sur le vecteur du virus, l’OMS a pu déterminer que la transformation de ces humains a été provoquée par un agent pathogène extra-terrestre présent dans l’eau potable provenant de Galactika. Invisible sous sa forme la plus pure, il est localisable lorsqu’il a infecté un humain.

Le plus troublant réside dans la découverte de leur mutation. Outre leur transformation physique, leur physiologie a également été altérée. Ils supportent aisément des températures extrêmement basse grâce à leur sang littéralement froid et comble de l’étonnamment, n’ont pratiquement pas besoin de se nourrir. Plus incroyable encore, leurs capacités physiques : force et rapidité quadruplées qui font de ces créatures des êtres redoutés.

La peur a saisi nombre d’entre nous, surtout qu’aujourd’hui ils représentent la majorité de la population terrestre. Mais ils se déplacent peu, fuyant la chaleur. Voici plus d’un millénaire que notre planète s’est réchauffée. Les Glacios peuvent difficilement sortir de leurs repaires…

Un ambassadeur, Gérald Parkenstorm, a été dépêché afin d’entamer des négociations. L’objectif est de trouver un compromis afin qu’humains et Glacios puissent vivre en paix.

De Jonaris Pietrik, reporter international.

 

Le Galactik, le 21 juillet 3058

Les brèves du jour

La demande des Glacios de rejoindre la planète Galactika afin de s’y installer, a été accepté. L’immigration débutera dans trois semaines.

Un accord de commerce a été signé entre le roi des Glacios, Birladenoasïr I et la terre. Ils nous fourniront de l’eau à moindre coût et nous leur laissons la gestion de Galactika.

L’économie mondiale est repartie. Grâce à la diminution de la population mondiale, la gestion des ressources terrestre est plus aisée. La faim et la guerre ont disparu. Une nouvelle ère de paix débute.

De Lina Carmen, pour le concours Autres Mondes hiver 2012.hiver1.jpg

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 20:24

Voici ma première ébauche concernant mon deuxième texte pour ma participation au concours Autres Mondes sur le théme : "Les glaces galactiques et l'infini intersidéral". Il est beaucoup trop long. Il fait 6777 caractéres alors qu'il ne doit pas dépasser les 6000. Des retouches seront certainement apportées, surtout pour les fautes de grammaire, de français et de conjugaison et pour le raccourcir ! Je vais chercher aussi un autre titre. Mais bon, dites moi déjà ce que vous en pensez ! N'hésitez pas à critiquer.

  

Le Galactic, le 3 septembre 3056.

Nouvelle découverte au palmarès du Colomb.

Après l’exploration du système stellaire Centauri, le vaisseau spatial le Colomb aux commandes du Capitaine Wolf, s’est aventuré dans le système de Polaris. Ce dernier, constitué de deux soleils et de nombreuses planètes, est une vraie mine de recherche pour nos explorateurs chevronnés. Aucune vie n’a été détectée mais ses dix planètes recèlent de nombreux minerais. La surprise vient sans nul doute de la planète des glaces, baptisée également par nos spationautes : Galactika. En effet, après de nombreux tests, il s’avère que cette planète renferme une eau douce aussi pure que nos propres glaciers à l’époque où ils existaient encore. Lors du congrès international de la répartition des découvertes à Saint-Pétersbourg, trois multinationales ont été désignées pour acheminer cette eau si précieuse : la Compagnie Garnier, Klioutchevski et Wan Shi Lu. Attendons-nous dans quelques mois à goûter cette eau « extra-terrestre ».

De Jonaris Pietrik, reporter international.

Le Galactic, le 18 août 3057.

Les brèves du jour.

Ouvrez votre robinet, l’eau que vous buvez aujourd’hui est celle qui vient de Galactika ! Cette eau bénite arrive à point nommé, nos réserves naturelles étant épuisées.

Le prix de l’eau courante a augmenté. Il sera désormais de 56 dollars le m3. Une augmentation de 3%, lié aux frais de transport.

L’association des consommateurs réclame des analyses supplémentaires concernant l’eau venant de Galactika. Assez sceptiques sur sa pureté, ils redoutent un empoisonnement.

Le Galactic, le 20 décembre 3057

Prévisions pour l’année 3058

Quelques augmentations sont à prévoir pour l’année prochaine. Le coût de l’énergie va probablement augmenter de 2% suite à la demande, toujours plus accru. Bien que le climat n’ait pas changé (fortes chaleurs oscillant entre 25° et 45° toute l’année), nos climatiseurs tournent à plein régime. Il y a cinq mois, la température moyenne des bâtiments était de 20°. Depuis deux mois, elle avoisine les 13° !

Le Galactic, le 2 février 3057

Le ministère de la santé en alerte

Une épidémie mystérieuse mais non mortelle frappe une quinzaine de pays. Les personnes touchées ressentent tout d’abord de fortes démangeaisons sur la peau, transpirent abondamment et manifestent une forte sensibilité à la lumière et la chaleur. Les recherches effectuées par l’OMS révélent un agent pathogène inconnu présent dans le sang des patients. La vie des malades n’est pas en danger mais ce mal est assez handicapant. Ne supportant plus la chaleur du soleil, les victimes ne sortent plus en plein jour. Certains les ont d’ailleurs surnommés les « Vampires du froid ».

L’OMS nous certifie que ce virus ne se propage pas dans l’air. Il ne peut être qu’absorbé. Reste à déterminer le vecteur du virus. Différents aliments ont été soumis aux tests, sans résultat. Les recherches continuent. En attendant, les malades ont été confinés dans des hôpitaux spécialisés dont la température interne avoisine les 10°, seul remède soulageant les victimes.

De Jonaris Pietrik, reporter international.

Le Galactic, le 25 septembre 3057

Augmentation alarmante du nombre des Vampires du froid

Le nombre des personnes contaminés par le virus AT1P1 a doublé en quelques mois. Désormais, la moitié de la population mondiale est touchée. D’autres symptômes inquiétant ont touché les malades les plus anciens. Leur peau a pâli au point de devenir translucide et de laisser transparaître les veines bleutés, leurs cheveux et leurs poils ont littéralement disparu et leurs ongles sont tous tombés.

Leur aspect rebutant leur a valu le rejet de la population saine. Nombres d’entre eux se sont regroupés dans des quartiers désaffectés, bien souvent d’anciennes usines réfrigérantes pour aliments. Méfiants, ils ne laissent entrer aucune personne non atteinte par le virus du froid. Sortant peu, on se demande comment ils peuvent s’alimenter…

De Jonaris Pietrik, reporter international.

Le Galactic, le 19 octobre 3057

Les brèves du jour.

Chute des bourses mondiales : c’est la plus grande crise que l’humanité ait jamais connu. La panique gagne déjà la population. Des émeutes et des cas de vandalisme sont à déplorer dans tous les pays. Les trois-quarts de la population mondiale étant atteinte par le virus AT1P1, l’économie est paralysée.

Les Vampires du froid revendiquent leur droit à exister en tant que race à part entière. D’après leur dire, ils sont les « Glacios » et affirment ne pas être malade, seulement différents. Pour preuve, ils ont fait parvenir à l’OMS plusieurs échantillons de leur sang. Aucune trace du virus du froid.

Le Galactik, le 4 janvier 3058

Bilan du congrès international pour la paix

Le principal sujet au programme était l’avenir des « Vampires du froid » ou « Glacios ». Grâce aux échantillons de sang reçus ainsi que ses recherches sur le vecteur du virus, l’OMS a pu déterminer que la transformation de ces humains a été provoquée par un agent pathogène extra-terrestre présent dans l’eau potable provenant de Galactika. Invisible sous sa forme la plus pure, il est localisable lorsqu’il a infecté un humain.

Le plus troublant réside dans la découverte de leur mutation. Outre leur transformation physique, leur physiologie a également été altérée. Ils supportent aisément des températures extrêmement basse grâce à leur sang littéralement froid et comble de l’étonnamment, n’ont pratiquement pas besoin de se nourrir. Plus incroyable encore, leurs capacités physiques : force et rapidité quadruplées qui font de ces créatures des êtres redoutés.

La peur a saisi nombre d’entre nous, surtout qu’aujourd’hui ils représentent la majorité de la population terrestre. Nul doute qu’ils pourraient aisément nous exterminer. Mais soyez rassurés, nous avons un atout : la chaleur. Voici plus d’un millénaire que notre planète s’est réchauffée au point d’enregistrer des températures élevées toute l’année. Les Glacios peuvent difficilement sortir de leurs repaires…

Néanmoins, un ambassadeur, Gérald Parkenstorm, a été dépêché afin d’entamer des négociations avec les Glacios. L’objectif est de trouver un compromis afin qu’humains et Glacios puissent vivre en paix.

De Jonaris Pietrik, reporter international.

Le Galactik, le 21 juillet 3058

Les brèves du jour

La demande des Glacios de rejoindre la planète Galactika afin de s’y installer, a été accepté. L’immigration débutera dans trois semaines.

Un accord de commerce a été signé entre le roi des Glacios, Birladenoasïr I et la terre. Ils nous fourniront de l’eau à moindre coût et nous leur laissons la gestion de Galactika.

L’économie mondiale est repartie. Grâce à la diminution du nombre de la population mondiale, la gestion des ressources terrestre est plus aisée. La faim et la guerre ont disparu. Une nouvelle ère de paix débute.hiver

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 19:44

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Elle avait tout supporté. Le mari schizophrène, le rejet de la belle famille, un travail pénible et un studio délabré. Elle avait trouvé la force en elle-même pour ne pas flancher, pour s’accrocher au peu qu’elle avait, en un mot, pour s’en sortir. Elle avait l’âme d’une combattante, prête à affronter tous les obstacles. Elle ne baissait pas les bras.

Et pourtant, elle ne pouvait pas la supporter, elle. Elle avait toujours su qu’elle aurait des enfants. C’était dans l’ordre naturel des choses. Mais elle n’avait jamais réfléchi à la difficulté d’en élever. Comment sa fille pouvait-elle être si insupportable ? Elle n’avait que deux ans, et déjà, elle savait se faire entendre. Elle hurlait constamment.

« Mina arrête de taper avec ce jouet ! Arrête je te dis ! Viens manger, c’est prêt. Tu vas venir oui ? Mais tu ne comprends rien ma parole ! »

Mina ouvre de grands yeux. Elle entend la colère de sa mère, elle ressent ses ondes négatives qui parcourent son corps. C’est électrique, c’est désagréable. Mais quand Latifa vient pour la tirer par le bras, le contact lui est douloureux. Mina laisse sortir sa frustration dans un cri suraigu.

« Tu m’agace, tu m’agace ! Tu n’es qu’une petite garce ! Tu vas voir, les choses ne vont pas se passer comme ça, je vais t’apprendre à obéir ! »

Latifa attrape sa fille et se dirige vers la fenêtre.

Mina se débat. Elle ne veut pas que sa mère la touche. Les frémissements qui s’échappent du corps de sa génitrice sont rebutant. C’est comme le froid qui vous brûle la peau. Les poils se redressent, la chair de poule apparait. Mina voudrait rester sur le sol, loin d’elle. Elle voudrait ne plus l’entendre, ne plus la voir.

Latifa ouvre la fenêtre.

« Tu vois la fenêtre ? Si tu continues, je te jette ! »

Elle joint le geste à la parole et suspend Mina par les pieds, dehors.

La brise fraîche balaie le visage de la petite fille. Elle n’arrive plus à respirer. Elle n’arrive plus à crier. Tout est coincé là, quelque part dans sa gorge. Elle ne peut décrocher ses yeux du sol, si loin et si inquiétant. Un vertige la prend.

Elles habitent tout de même au quatrième étage.

« Enfin ! Tu te tais enfin ! Il était temps ! Tu as compris maintenant ? »

Latifa retourne sa fille et la dépose sur sa chaise.

« Maintenant, tu vas manger et dans le SILENCE ! »

Latifa se couche, exténuée.

Je travaille du petit matin jusqu’au soir à nettoyer les saletés des autres. Je m’épuise pour elle, pour qu’elle ait un avenir. Et c’est ainsi qu’elle me remercie ? Elle est intenable. Elle ne comprend rien, n’écoute rien. Je la déteste. J’aimerai qu’elle soit morte. Mais pourquoi, pourquoi ai-je désiré un enfant ?

Elle sait que la nuit sera laborieuse, comme toutes les nuits. Sa fille ne la laissera pas dormir. Elle va encore se réveiller en hurlant, le visage empli de sueur.

Des cauchemars, encore des cauchemars.

Moi, j’en vis un tout les jours de cauchemar et personne n’est là pour me consoler.

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 21:01

Voici mon premier texte pour le concours Autres Mondes sur le thème : "Les glaces galactiques et l'infini intersidéral".

 

Ma fascination pour l’univers m’avait amené à voyager à bord de l’Orion, aux confins de l’espace. Mon enthousiasme pour cette expédition scientifique avait occulté le danger de ce périple galactique. Comme je regrettais maintenant mon manque de méfiance ! Depuis que nous avions atteint les glaces galactiques, tout allait de travers. Mon vif désir de percer les mystères de cette partie de l’univers dénuée d’énergie, n’était toujours pas assouvi. Nous nagions dans l’ignorance la plus complète.

A vrai dire, c’était assez étrange. Nous planions dans le vide, le néant, sans aucune luminosité. Aucune petite étoile blafarde pour éclairer l’habitacle de notre vaisseau ! Depuis que nous nous étions engouffrés dans cette mélasse noire, tous les moteurs s’étaient arrêtés. Alfred avait bien examiné chaque partie de l’Orion, mais ce mécanicien de génie n’y comprenait rien, lui non plus. Tout était en parfait état de fonctionnement et pourtant… rien ne fonctionnait.

Qu’est-ce que tout cela signifiait ? Le temps s’écoulait encore plus lentement que dans notre galaxie. Impossible d’évaluer le nombre de journées terriennes que nous avions passé depuis l’incident. J’imaginais que de nombreux mois s’étaient succédés. Mes compagnons perdaient espoir, Alfred surtout, qui vidait nos réserves d’alcool à grande vitesse. D’ailleurs, je craignais fortement pour leur santé mentale. Quant à moi, je m’étais installé dans une rêverie coutumière, celle qui m’avait toujours évité de succomber à la folie.

Je rêvais donc à un jardin paisible auréolé de lumière, quand Lisa remarqua une lueur dans le noir du cosmos.

« Regardez ! dit-elle. Il y a une lumière, là-bas ! »

Parcouru d’un grand frisson d’espoir, nous nous sommes tous agglutinés contre la paroi vitrée.

— Mais oui ! s’écria Alfred, il y a une lumière ! Tu as vu ça Tim ? me demanda t-il avec une lueur de folie.

— Oui, j’ai vu. C’est étrange.

— Mais qu’est-ce que ça peut bien être ? demanda notre dernier compagnon, Shivan.

Nous n’en savions absolument rien. Mais après cette longue attente monotone, ce rayonnement apportait un divertissement inespéré. Et qui sait, peut-être un espoir de retour chez nous.

«On dirait qu’elle s’approche remarqua Lisa. »

En effet, la lueur grossissait à vu d’œil. Dans peu de temps, nous saurions  ce qui nous attend : délivrance ou anéantissement ?

Le temps s’écoula dans le silence angoissant de l’attente de la découverte.

— Je crois que c’est un vaisseau, commenta Shivan.

— Ami ou ennemi ? gloussa Alfred, hésitant entre les pleurs et le fou rire.

— Mais… c’est un vaisseau terrien ! s’exclama Lisa au moment où je me faisais silencieusement la même réflexion. Ils viennent nous chercher !

Nous n’avions pas la possibilité de communiquer avec eux. Nous avons donc repris notre interminable attente.

Le vaisseau se rapprocha si près de nous que, grâce à son éclairage intérieur, nous pûmes distinguer ses occupants. Nous restions bouche bé. En face de nous, se profilait nos sosies. Quel était donc ce mirage ? Etait-ce un effet des glaces galactiques à l’image des déserts terriens ? Nous avions l’impression de nous observer dans un immense miroir. Le sentiment d’une hallucination s’évapora rapidement quand nous entendîmes dans nos têtes ma propre voix :

« Terriens, vous vous êtes égarés dans notre monde. Votre présence affecte le bon fonctionnement de notre univers. Nous aimerions que vous regagniez votre galaxie. »

Mes trois compagnons me fixèrent intensément. Je leur fis comprendre que je n’étais pas le porteur de ces paroles.

— Nous sommes plutôt en mauvaise posture, aucune commande ne fonctionnent, nous ne pouvons pas bouger.

— Cette situation est délicate. Il faut absolument que vous quittiez notre univers.

— Puis-je me permettre une petite question ? Qui êtes-vous ? Où plutôt, qu’est ce que vous êtes ? Vous ne pouvez pas être nous…

— Nous avons pris votre forme afin de communiquer avec vous. Notre univers ne se situe pas au même niveau que le vôtre. Il nous a été assez délicat de parvenir à votre état matériel. Notre monde est invisible à vos yeux, mais votre influence est palpable. Depuis votre arrivé, de nombreux bouleversements ont eu lieu, tuant nombre d’entre nous.

— J’en suis désolé, dis-je sincèrement. Nous n’avions pas imaginé créer tant de troubles. Mais nous ne demandons qu’à rentrer chez nous. Pouvez-vous nous aider à retrouver l’usage de notre vaisseau ?

— D’après nos savants votre vaisseau redémarrera quand vous serez dans votre univers. Nous allons vous arrimer et vous éloigner de notre espace.

Ainsi, la bonne vielle méthode de la tractation nous permit de retrouver nos étoiles. Quelle joie de revoir les lumières de l’univers ! Enfin, de notre univers… Nous n’avions pas apporté de données scientifiques des glaces galactiques mais nous avions appris l’essentiel : cette noirceur dans l’infini intersidéral cachait en fait un autre univers. Pourrions-nous un jour le voir ?

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 15:28

    Naly scruta de ses yeux sombres le paysage environnant : mort et destruction. Elle avait semé de ses bras puissants les graines de l’extermination. A ses pieds gisaient les cadavres des guerriers qu’elle avait vaincus. Leurs yeux vitreux grands ouverts n’exprimaient qu’un immense vide. Elle ferma ses paupières et tourna son visage vers le ciel. La brise apportait un peu de fraicheur sur ses traits endurcis par la guerre. Ses sourcils tenaient en permanence l’attitude singulière d’un arceau fébrile plissant constamment le haut de l’arête de son nez. Une expression perpétuelle de sa rigidité.

De combien d’êtres avait-elle abrégés l’existence ? Elle n’en avait pas fait le compte. Elle combattait depuis si longtemps… Elle se devait de protéger son peuple. Depuis toujours leurs terres aux ressources illimitées étaient enviées par diverses peuplades. Leurs mines recelaient de diamants et leurs fleuves d’or. Depuis des temps immémoriaux ils se battaient pour préserver leurs richesses.

Ils vivaient dans l’opulence, il est vrai. Mais pour préserver cette vie, ils étaient aussi devenus de farouches guerriers. Force de leur expérience et de leur détermination, ils avaient toujours su repousser l’ennemi. Mais que ce soit à cause de la misère ou de l’avidité, beaucoup continuaient leurs assauts incessants. Parmi son peuple, elle était devenue le plus grand d’entre eux. Son obstination et son courage l’avaient érigé au rang de chef. Elle commandait depuis des années une armée d’un millier de guerriers. Elle aurait pu rester à l’arrière et éviter le danger, mais c’était plus fort qu’elle. Une rage l’habitait. Elle avait besoin d’extérioriser la violence qui lui emplissait le corps à coup d’épée dans la chair de ses adversaires.

Aujourd’hui, les choses étaient différentes. C’est cette enfant qui avait tout changé. Ils avaient poursuivi leurs ennemis jusqu’à un village de montagne. Ces lâches se cachaient au lieu de se battre. Elle et une vingtaine de ses meilleurs guerriers les avaient débusqués. Ils avaient enfoncé les portes, fouillé les maisons, renversant les meubles à leur recherche.

Finalement, ils les avaient trouvés. Pas de prisonnier. C’était sa règle. Sa règle à elle, la chef de l’armée la plus sanguinaire de toutes les peuplades du monde… Elle avait ordonné qu’on les brûle vif. Elle avait regardé les flammes arracher des hurlements de douleurs à ses victimes. Pas un seul sentiment de pitié n’avait traversé son cœur.

Et pourtant… Quand elle vit le regard de cet ange, cette petite fille qui respirait l’innocence et la bonté… Elle n’y vit que haine farouche à son égard. Elle découvrit sous ces joues rosées, sous ce teint de porcelaine, sous ces boucles dorées, les traits endurcis qu’elle apercevait dans ce miroir qu’elle fuyait.

L’enfant ouvrit ses délicates lèvres écarlates. Sa bouche, autrefois habituée aux sourires, déclina une grimace répugnante. Une voix sanglotant s’échappa pour hurler avec douleur : « Monstre ! Tu es un monstre ! »

Ses yeux brillaient d’une redoutable fureur. Elle l’observait avec tant d’animosité que Naly ressenti une piqûre fugace lui brûlant la poitrine.

Elle détourna ses yeux de cette douleur insoutenable. Elle observa les corps calcinés et senti sa poitrine se gonfler, ses yeux s’humidifier. Qu’avait-elle ? Elle avait endurci son cœur, cherchant à taire les remords qui l’assaillaient. Elle y était si bien arrivée qu’elle s’était convaincue de son insensibilité. Et voilà que maintenant quelques mots l’ébranlaient ?

Elle avait décidé, il y a longtemps de n’avoir aucune pitié pour tout ceux qui voudraient porter atteinte à leur tranquillité. Mais quelle tranquillité avait-elle ? Aucune. Elle était toujours en guerre. Nuit et jour. Etait-ce sa vraie nature ? Elle le croyait, jusqu’à ce jour. Maintenant, elle en doutait. Qui était-elle en vérité ?

Elle avait pourtant continué la bataille, le lendemain et les jours qui suivirent, malgré la douleur qui lui tenaillait les entrailles. La dureté de ce visage d’enfant et sa voix accusatrice ne cessaient de lui revenir en mémoire, se mêlant à sa propre image. Ses nuits s’étaient peuplées de cauchemars où elle se perdait, ne sachant retrouver son chemin dans un amas de cadavres.

Naly inspectait les environs. Le sang avait encore coulé à flot aujourd’hui. Elle perçut son propre sang s’écoulant dans ses veines, se déversant dans son cœur. Un cœur de monstre ? Un battement sourd démarra dans ses tempes. Non, elle n’était pas un monstre. Ce martèlement qui agitait à chaque instant sa poitrine ne pouvait-être l’œuvre d’un sanguinaire. Si elle laissait son coeur agir à sa guise, il fondait en larme constamment. Sa tête résonnait de coups de tambour. Que devait-elle faire ?

Son ardeur pour la bataille s’était estompé. Elle ne voulait plus combattre. Elle n’avait qu’une envie : rendre les armes. Elle désirait laisser la violence et la hargne sur ce champ de mort. Elle leva les yeux vers ses guerriers qui attendaient ses ordres.

« Trouvez un nouveau chef. La guerre, c’est fini pour moi.»

Avec lenteur, elle sortit son épée de son fourreau. Elle pesait lourdement dans sa main, cette fidèle compagne de guerre. Lorsqu’elle la jeta vigoureusement contre le sol, un poids considérable s’échappa de son être. Naly s’attarda sur son épée, figée dans le sol. Elle se sentait si légère qu’elle pouvait croire posséder des ailes. Elle était interloquée par cette nouvelle sensation.

Décidée à rechercher la sérénité loin de ces lieux maudits, elle enfourcha son cheval et s’éloigna. Elle n’eut pas un regard pour son armée. Elle n’avait plus qu’un but : se retrouver.

 

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