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  • Lina Carmen
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman

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1er interrogatoire.

 

 

La jeune femme ne cessait de sangloter bruyamment. L’inspecteur de police qui l’interrogeait ne savait plus comment faire pour la calmer. Il lui avait déjà apporté une tisane à la camomille mais rien n’y faisait. Les coudes sur la table, le visage dans les mains, elle continuait de verser son flot de larmes. Elle n’avait même pas jeté un œil sur la tasse qu’il avait déposé devant elle.

 

 « Mademoiselle Rita, s’il vous plaît, calmez-vous. Vous ne pourrez jamais me raconter ce qui s’est passé si vous continuez de pleurer ainsi. »

 

Elle leva enfin ses grands yeux bleus vers lui. Il s’aperçut avec dégoût que son mascara avait coulé et qu’un liquide blanchâtre s’écoulait de son nez. Il fouilla dans sa poche et en sortit un paquet de mouchoirs en papier.

 

« Tenez, dit-il en le brandissant. Nettoyez-vous un peu. »

 

Elle sortit un mouchoir tout en tremblant. Lorsqu’elle se moucha, c’est un concert de trompette qui se fit entendre. Ensuite, elle utilisa le même mouchoir pour s’essuyer les yeux. Ce qui ne fit qu’étaler le mascara. Elle avait deux énormes coquarts maintenant.

 

Comment pouvait-on être si jolie et si écœurante ? 

 

— Je suis désolé monsieur l’inspecteur mais comprenez moi, c’est la première fois que je… voyais un noyé. Des morts, j’en ai déjà vu bien entendu, il y a eu ma grand-mère, puis mon grand-père et ma grande tante aussi, celle-ci était obèse et…

 

— Mademoiselle Rita ! la sermonna le flic. Reprenez-vous s’il vous plaît et contentez-vous de me raconter ce qui s’est passé aujourd’hui.

 

— Oui, oui, murmura Rita, agacé qu’il puisse élever la voix sur elle. Ben, à 12h30, je suis venue rejoindre le grand Woudini pour la représentation de 15h.

 

— Vous êtes son assistante depuis combien de temps ?

 

— Oh ! ça ne fait que deux mois. Avant j’étais mannequin, et j’ai même gagné plusieurs concours de beauté vous savez, disait-elle avec fierté.

 

— Et qu’avez-vous fait avec M. Woudini ? La représentation n’était qu’à 15h. 

 

Rita fit une moue contrariée. Irritée, elle attrapa la tasse qui commençait à refroidir et renifla.

 

Et voilà ! Il avait réussit à la cabrer. C’était plus fort que lui, il ne supportait pas les gourdes qui se croyaient jolie en toutes circonstances. Et celle-ci ne savait vraiment pas se tenir ! Bon, fallait rattraper le coup maintenant.

 

« Vous avez été mannequin ? enchaîna t-il. Je n’en suis pas étonné. Jolie comme vous êtes… »

 

Rita releva la tête de sa tisane qu’elle tentait d’avaler à petites gorgées. Elle planta ses yeux dans ceux du policier qui lui souriait gentiment. Elle lui rendit son sourire.

 

« Merci, tout le monde me le dit. »

 

Cette dernière réflexion ne fit que l’énerver davantage mais, en professionnel cette fois, il se retint de faire un commentaire et continua son interrogatoire.

 

— Comment avez-vous trouvé M. Woudini avant la représentation ?

 

— Comme tous les jours, plutôt joyeux. C’est quelqu’un qui rit tout le temps. On a préparé le spectacle.

 

— Pouvez-vous m’expliquer en quoi consiste ce spectacle ?

 

— C’est un grand magicien vous savez. Le grand Woudini ! Il sait faire des trucs incroyables. Moi, je dois l’attacher avec des chaînes, l’enfermer dans une énorme caisse et le jeter dans le lac. Puis, quelques minutes plus tard, il apparaît sur le bord de l’eau, parmi les spectateurs ! Un vrai magicien !

 

— On appelle ça aussi un prestidigitateur mademoiselle.

 

— Un quoi ?

 

— Laissez tomber. Pouvez-vous m’expliquer quel est son truc ?

 

— Son truc ? demanda Rita, les sourcils froncés.

 

— C'est-à-dire, comment faisait-il pour se libérer de la caisse, de l’eau et se retrouver sur la berge, tout cela en quelques minutes ?

 

— Mais je viens de vous dire que c’est un grand magicien. Il peut tout faire ! 

 

Alors là, il n’en croyait pas ses oreilles. Elle croyait sincèrement que tout ce tralala, c’était de la magie ! A une époque où la technologie permettait des miracles, il fallait vraiment être stupide.

 

— Bien, et savez-vous où il se trouve maintenant ?

 

— C’est ça qui est bizarre. Il devait se retrouver sur le bord du lac et il n’est jamais apparu. Je comprends pas.

 

— Et quand vous avez-vu qu’il ne sortait pas de la caisse, qu’avez-vous fait ?

 

— J’ai crié au secours. Et deux hommes sont venus pour sortir la caisse de l’eau. Quand on l’a ouverte… 

 

Le souvenir de cette terrible vision, lui fit arracher de nouveaux sanglots.

 

Oh non ! Elle va remettre ça !

 

— Je sais, c’est là que vous avez vu le noyé. Un inconnu à la place de M. Woudini. 

 

Rita acquiesçait. Elle se remit à renifler et reprit un mouchoir pour se moucher bruyamment.

 

 — Ce sera tout mademoiselle, nous allons vous ramener chez vous. Je vous demande juste de rester à la disposition de la police pour la suite de l’enquête. Et prévenez-moi si vous avez des nouvelles de M. Woudini.

 

— Merci monsieur l’inspecteur, dit-elle les yeux mouillés. Vous êtes vraiment gentil, ajouta-t-elle, oubliant ses propos désagréables en début d’entretien.

 

 

 

2ème interrogatoire

 

 

Un grand baraqué à la peau brunit par le soleil et aux vêtements fripés, s’était installé à la place de Rita.

 

 — Bonjour M. Mounir Ben Nour. Il me semble que vous êtes l’un des deux hommes qui est venu porter secours à Mademoiselle Rita.

 

— Voui misieur le flic, c’est moi qui l’a trouvé la caisse avec Pablo, j’y le connais depuis… bezef wouaqt, oualla 2 ans ! Pablo, c’est y…

 

Il ne va pas me faire le même coup celui-là et me raconter sa vie !

 

— Et que faisiez-vous dans les environs ?

 

— Ben, y est venu pour l’pestacle ! s’exclama t-il, étonné.

 

— Pouvez-vous m’expliquer à quel spectacle vous vous attendiez ? demanda t-il en accentuant sur la bonne prononciation du mot « spectacle ».

 

— Y paraît qui l’magicien, l’grand Woudini, y peut disparaît’e, comme y veut ! Y paraît même qu’y serait l’homme invisible.

 

Encore un qui croit à la magie ! Mais sont-ils tous comme ça dans cette affaire ?

 

— Pouvez-vous m’expliquer ce qui s’est passé s’il vous plaît ?

 

— Ben, Woudini é sa blonde, y sont partis fi la barque. Y étaient pas loin, comme ici et là-bas, dit-il en faisant de grands gestes dans le vide. La blonde…

 

— Vous parlez de mademoiselle Rita ? l’interrompit l’inspecteur agacé.

 

— Voui, c’est ça, mamzelle Rita. J’y oublié. Ben, elle attache l’Woudini, y l’rent’e dans l’caisse et la Rita, y a mis à l’eau ! Oualla ça fout la trouille ! J’y un cousin, y fait des tours avec les cartes, y dit qui est magicien mais oualla…

 

Il ne va tout de même pas me parler de toute sa famille !

 

— Et comment vous et Pablo, vous vous êtes approchés de Mademoiselle Rita ?

 

—Quand la Rita y a crié, j’y pas réfléchi. Comme qui dit Pablo, « oune abandonne pas oune  jeune femme en détrrresse » ! J’y attrapé les rames et j’y parti !

 

— Seul ? demanda t-il sceptique.

 

— Ben, y a Pablo y m’a suivit.

 

— Et la barque que vous avez prise, où était-elle ?

 

— Jiste là, fi les pieds !

 

—Très bien. Et comment avez-vous récupéré la caisse ?

 

— J’y plongé fi l’eau. J’y si un bon nageur ti sais. Fi bled, kayn la plage. J’y si bon à la course aussi…

 

Va-t-il enfin se taire et se contenter de répondre aux questions ?

 

— Et vous avez réussi à sortir la caisse de l’eau ? Tout seul ?

 

— Ben, Pablo y m’a aidé un shouya, avoua t-il, gêné.

 

— Et ensuite ? Que s’est-il passé ?

 

— Fi la caisse, y avait l’mort. Y était tout bleu ! Oualla sa langue…

 

C’est de la sienne de langue dont je vais m’occuper s’il continue comme ça.

 

— Le connaissiez-vous ?

 

— Y non, mais j’la shouf.

 

— Où ça ? demanda le policier, étonné.

 

— Ben, y était à côté d’nous. Et y a disparu, comme l’grand Woudini !

 

— Vous voulez dire que c’était l’un des spectateurs ?

 

Voilà enfin une info intéressante.

 

— Voui, c’est ça. Y est avec nous et y est fi la caisse !

 

— Très bien M. Ben Nour, votre témoignage nous sera précieux. Je vous demande juste de rester à notre disposition si nous avons besoin de quelques renseignements supplémentaires, ajouta l’inspecteur, satisfait.

 

— Oua l’grand Woudini ? Ti sais où y est ?

 

— Non, pas encore, mais on le recherche activement. 

 

— Ben, j’ispère qu’y koulchi mleh ! J’y veux le voir, la magie. »

 

C’est sur ces quelques mots que Mounir quitta la salle d’interrogatoire pour laisser sa place à son ami.

 

 

 

3ème interrogatoire.

 

 

C’est un homme moustachu, à la taille imposante et au costume blanc impeccable, qui entra dans la salle.

 

Tiens, il a pris le temps d’aller se changer celui-là. Il sent la cocotte ! Il s’attendait peut être à une jolie policière. Il ne va pas être déçu !

 

— Bonjour, monsieur Pablo Garcias, c’est bien ça ?

 

— Si, seniorrr, à votrrre serrrvice !

 

— Pourriez-vous me raconter ce qui s’est passé cette après-midi ?

 

— Si, avec mi amigo oune est venu pourrr el grande Woudini ! Mounirrr adorrre la magie. Comprrrenez-moi muy bièn, la foirrre, le cirrrque, la magie, c’est pas pourrr le beau Pablo ! No, pero… les jolies filles, elles aiment aussi la magie.

 

J’avais raison, c’est un Don Juan celui-là !

 

— Et comment s’est passé la représentation ?

 

— Si, el grande Woudini s’est enferrrmé dans oune grande boite y Rrrita, oune jolie demoiselle, muy bièn ! dit-il en faisant claquer ses lèvres dans un baiser, elle l’a poussé dans l’eau. J’oune sais pas como il fait, pero el Woudini il a dit qu’il va rrrevenirrr comme ça, ajouta t-il en faisant claquer ses doigts, yo j’ou sais qué l’y a oune trouc pero, no sé como.

 

Au moins, celui-là ne crois pas à la magie. Mais quel accent il a lui aussi ! Ils arrivent à se comprendre lui et Mounir ?

 

— Et qu’avez-vous fait lorsque l’assistante de M. Woudini, Rita, s’est mise à appeler au secours ? demanda t-il, déjà amusé par la réponse.

 

— E como j’ou dis toujours : « oune abandonne pas oune  jeune femme en détrrresse » ! J’ou pris el barca pourrr aidé l’oune jolie Rrrita. Pero mi vestido est foutu ! Oune vestido tout neuf pourrr la jolie Rrrita ! Pero j’ai oune rendez-vous, dit-il en faisant un clin d’œil.

 

Mouais, ce n’est pas dit que ce soit vrai ça, Rita ne m’a pas parlé de ce bourreau des cœurs ! Plutôt vantard que tombeur de ces dames…

 

— Et le noyé ? Vous l’avez bien vu ?

 

— Si, si, c’est oune visione terrrrible senior !

 

— Le connaissiez-vous ?

 

— No, no, pero s’est oune hombre avec su mujer, sa femme. J’ou me souviens muy bièn porque c’est oune couple qui regardaient el grande Woudini. 

 

Le noyé n’était donc pas seul au spectacle !

 

On frappa à la porte.

 

« Oui ? » demanda l’inspecteur.

 

La tête d’un autre policier apparut et il annonça :

 

— Monsieur l’inspecteur, il y a une personne que vous devriez interroger, je pense que ça peut vous aider… ou bien vous embrouiller.

 

— Que voulez-vous dire ? l’interrogea t-il, intrigué.

 

— Vous verrez par vous-même. C’est Mme Teillaud Marina, elle a assisté à la représentation.

 

— Ok, faites là entrer une fois que j’ai fini avec M. Garcias. 

 

La porte se referma et le policier posa ses yeux sur son interlocuteur.

 

— Bien, M. Garcias, avez-vous autre chose à ajouter ?

 

— No, c’est tout ce que j’ou sais, répondit-il en soulevant les épaules.

 

— Et bien, merci pour votre collaboration. Nous pourrons peut-être encore avoir besoin de vous, ne soyez pas surpris si nous vous rappelons.

 

— Si senior, aucoune prrroblème. Adios !

 

— Au revoir M. Garcias. 

 

D’un pas décontracté, le témoin quitta la pièce.

 

 

4ème interrogatoire.

 

 

Un petit bout de femme d’une quarantaine d’années entra dans la salle d’interrogatoire et s’assit sans un bruit en face de l’inspecteur.

 

« Mme Teillaud Marina ? »

 

Il n’obtint aucune réponse. 

 

« C’est bien votre nom ? »

 

Cette fois, elle acquiesça silencieusement.

 

« Merci d’accepter ce nouvel interrogatoire. Votre témoignage est crucial et j’ai besoin de l’entendre. Vous étiez présente au spectacle de M. Woudini ? »

 

Elle opina de la tête par l’affirmatif.

 

Et bien, celle-ci n’a pas l’air très bavarde !

 

— Pouvez-vous m’expliquer, avec des mots, ce qui s’est passé, s’il vous plaît ?

 

— Mon mari s’est noyé.

 

— Comment ? C’était votre mari qui s’est retrouvé dans la caisse à la place de M. Woudini ?

 

— Oui. 

 

Ils auraient pu me prévenir tout de même ! Ah ! Ils aiment bien me faire des surprises comme celle-là. J’aurais ma revanche !

 

— Toutes mes condoléances madame, j’imagine que ce ne doit pas être facile pour vous, mais… j’aurais besoin que vous m’expliquiez comment votre mari s’est retrouvé dans la caisse. 

 

En tout cas, elle ne verse pas une tonne de larmes comme Rita ! Elle parait à peine affectée.

 

— Mon mari a disparu. Il était à côté de moi. C’est d’abord sa tête qui a disparu puis ses épaules, son ventre, ses jambes et finalement, ses pieds. Je l’ai vu disparaître.

 

L’inspecteur était pétrifié. Pendant de longues secondes, aucun mot ne sortit de sa bouche.

 

Elle se moque de moi ? Non, je ne crois pas. Elle semble sérieuse. Elle se contente d’énoncer les faits, sans sentiments. Quelle maitrise !

 

—J’avoue que j’ai peine à vous croire. Savez-vous… comment s’est arrivé ? Je veux dire, comment a-t-il pu disparaître de la sorte ?

 

— Je crois que c’est le grand Woudini qui a fait une erreur. Il a envoyé mon mari dans la caisse, et lui, il s’est retrouvé ailleurs, peut-être très loin d’ici. 

 

 

 

Epilogue

 

 

Marina Teillaud n’était pas loin de la vérité car quelques mois plus tard, on vit réapparaître le grand Woudini qui s’était malencontreusement retrouvé en Italie, sans papiers, sans argent et sans connaître la langue. Après milles péripéties, il avait réussi à rejoindre la France.

 

« ça m’apprendra à faire confiance à un vieux savant ! » avait-il déclaré à la police.

De Lina Carmen

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