Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Profil

  • Lina Carmen
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman

Rechercher

Catégories

/ / /

    Elle avait tout supporté. Le mari schizophrène, le rejet de la belle famille, un travail pénible et un studio délabré. Elle avait trouvé la force en elle-même pour ne pas flancher, pour s’accrocher au peu qu’elle avait, en un mot, pour s’en sortir. Elle avait l’âme d’une combattante, prête à affronter tous les obstacles. Elle ne baissait pas les bras.

Et pourtant, elle ne pouvait pas la supporter, elle. Elle avait toujours su qu’elle aurait des enfants. C’était dans l’ordre naturel des choses. Mais elle n’avait jamais réfléchi à la difficulté d’en élever. Comment sa fille pouvait-elle être si insupportable ? Elle n’avait que deux ans, et déjà, elle savait se faire entendre. Elle hurlait constamment.

« Mina arrête de taper avec ce jouet ! Arrête je te dis ! Viens manger, c’est prêt. Tu vas venir oui ? Mais tu ne comprends rien ma parole ! »

Mina ouvre de grands yeux. Elle entend la colère de sa mère, elle ressent ses ondes négatives qui parcourent son corps. C’est électrique, c’est désagréable. Mais quand Latifa vient pour la tirer par le bras, le contact lui est douloureux. Mina laisse sortir sa frustration dans un cri suraigu.

« Tu m’agace, tu m’agace ! Tu n’es qu’une petite garce ! Tu vas voir, les choses ne vont pas se passer comme ça, je vais t’apprendre à obéir ! »

Latifa attrape sa fille et se dirige vers la fenêtre.

Mina se débat. Elle ne veut pas que sa mère la touche. Les frémissements qui s’échappent du corps de sa génitrice sont rebutant. C’est comme le froid qui vous brûle la peau. Les poils se redressent, la chair de poule apparait. Mina voudrait rester sur le sol, loin d’elle. Elle voudrait ne plus l’entendre, ne plus la voir.

Latifa ouvre la fenêtre.

« Tu vois la fenêtre ? Si tu continues, je te jette ! »

Elle joint le geste à la parole et suspend Mina par les pieds, dehors.

La brise fraîche balaie le visage de la petite fille. Elle n’arrive plus à respirer. Elle n’arrive plus à crier. Tout est coincé là, quelque part dans sa gorge. Elle ne peut décrocher ses yeux du sol, si loin et si inquiétant. Un vertige la prend.

Elles habitent tout de même au quatrième étage.

« Enfin ! Tu te tais enfin ! Il était temps ! Tu as compris maintenant ? »

Latifa retourne sa fille et la dépose sur sa chaise.

« Maintenant, tu vas manger et dans le SILENCE ! »

Latifa se couche, exténuée.

Je travaille du petit matin jusqu’au soir à nettoyer les saletés des autres. Je m’épuise pour elle, pour qu’elle ait un avenir. Et c’est ainsi qu’elle me remercie ? Elle est intenable. Elle ne comprend rien, n’écoute rien. Je la déteste. J’aimerai qu’elle soit morte. Mais pourquoi, pourquoi ai-je désiré un enfant ?

Elle sait que la nuit sera laborieuse, comme toutes les nuits. Sa fille ne la laissera pas dormir. Elle va encore se réveiller en hurlant, le visage empli de sueur.

Des cauchemars, encore des cauchemars.

Moi, j’en vis un tout les jours de cauchemar et personne n’est là pour me consoler.

femme-pleure.jpg

Partager cette page

Repost 0
Published by