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  • Lina Carmen
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 21:03

Voici une nouvelle que j'ai écrite pour Mina. D'ailleurs, je vous conseille de visiter son blog : C'est par ici !!

 

D’énormes masses de fumée noirâtre envahissaient le ciel.  Le bois craquait sous la chaleur, les flammes léchaient avidement les écorces centenaires. Les feuilles crépitaient avant de disparaître. Insectes, mammifères et oiseaux tentaient désespérément de fuir ce monstre goulu qui finissait pourtant par les avaler entièrement. La destruction et la mort étaient inévitables.

Les hommes s’étaient dispersés afin de ne pas suffoquer sous les exhalaisons mortelles. Le chef des travaux admirait son ouvrage. La forêt partait en fumée et c’était tant mieux. Bientôt ils auraient la place nécessaire pour cultiver du soja. Il avait travaillé vite et bien. Il pouvait espérer une belle prime. Il rêvait déjà aux billets verts qu’il tiendrait très vite entre ses doigts.

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Mathias leva les yeux vers la canopée. Seule une faible lumière traversait l’épais manteau de verdure pour effleurer le sol. Cette forêt primaire était des plus passionnantes pour un botaniste comme lui. Il y avait là des milliers de variétés inconnues ! Une vie entière ne lui suffirait pas à étudier ne serait ce qu’un mètre carré de la forêt amazonienne. Il travaillait ici depuis trois semaines et il ne cessait de s’émerveiller devant tant de richesses.

Mais ce n’était là que le commencement de son étonnement.

Un matin, son équipe et lui entamèrent une marche dans un territoire inexploré afin de poursuivre leurs recherches. Leur guide, un amérindien,  les conduisait à travers la végétation luxuriante. Juste derrière lui, se tenait Judith, une jolie blonde originaire du nord de la France que Mathias avait connu à la fac. Ils avaient étudié la botanique ensemble. Mais bien que Mathias se sente irrésistiblement attiré par Judith, cette dernière ne lui manifestait qu’un intérêt sommaire, se concentrant uniquement sur les plantes. Il faut dire que Mathias n’était pas d’une beauté époustouflante et il comprenait que son nez crochu, ses cheveux crépus et son manque de musculature pouvaient rebuter les jolies femmes. Il espérait tout de même que leur intérêt commun ferait naître, avec le temps, des sentiments profonds dans le cœur de la belle Judith.

Ils marchaient tous trois depuis deux bonnes heures quand l’amérindien stoppa.

—It’s a good place.

Tous trois parlaient un anglais approximatif, mais c’était la seule langue qu’ils avaient en commun avec l’amérindien. Ils dressèrent le campement. L’heure du déjeuner approchant, ils en profitèrent pour faire réchauffer quelques aliments. Tout en mangeant, Judith remarqua :

« Tu as vu Mathias ces plantes grimpantes ? Je n’en ai jamais vu de telles ! Je te propose de commencer par observer celles-ci après le déjeuner. Je sens qu’on va prendre des clichés formidables ! »

Judith était au comble de l’exaltation. Ses yeux, d’un bleu azur, brillaient d’excitation. Mathias adorait l’observer. Il avait beau découvrir les plantes les plus fascinantes au monde, il préférait la contemplation de la séduisante botaniste.

Ils passèrent toute l’après-midi à l’observation de plantes inconnues. C’est à la nuit tombée, que l’imprévu se manifesta.

Les deux hommes partageaient la même tente tandis que Judith occupait seule la seconde. La forêt recelait de nombreux bruits. Les animaux entamaient une cacophonie tonitruante à force de cris, croassements, mélopées ou sifflements. La journée, la faune sauvage semblait moins bruyante mais dans le silence de l’inactivité et l’obscurité de la nuit, l’agitation animale se faisait davantage entendre. Au bout de nombreuses nuits dans ce tumulte, nos deux français avaient fini par s’y habituer. Leur sommeil n’en était que plus paisible.

Mais cette nuit là, un bruit étrange, indicible, laissa Mathias perplexe. Ce fut tout d’abord un long sifflement strident qui fendit l’air. Le fond sonore sembla s’en contrarier. Un silence inhabituel s’installa pendant quelques secondes. Puis, un bruissement d’ailes balaya les environs. Il semblait à Mathias, qui écoutait attentivement, qu’un milliers d’insectes les environnaient, battant des ailes énergiquement. Progressivement, ce bruit s’atténua. Débuta alors une autre sorte de concert, cette fois fait de notes de… musique ! Oui ! C’était bien ce qu’entendait Mathias, des notes de musique ! Il avait suffisamment de notions musicales pour remarquer que ces sons produisaient bien une mélodie. Elle n’avait rien à voir avec le chant d’un oiseau, qui s’évertue à répéter inlassablement les mêmes notes. Non, c’était un vrai concert.

Intrigué, Mathias se décida à jeter un œil dehors. L’amérindien le suivit, troublé lui aussi.

Le spectacle les étonna grandement.

A travers l’obscurité profonde de la forêt, un millier de lumières bleutés scintillaient à la manière de lucioles. Epoustouflé, Mathias s’approcha des lueurs les plus proches. Il s’aperçut avec stupéfaction qu’il s’agissait d’insectes. D’énormes insectes de la taille de sa main qui jouaient de leurs antennes une douce musique. C’était magnifique. Il n’avait jamais rien entendu d’aussi beau. Une musique majestueuse, digne des plus grands virtuoses.

« Qu’est ce que c’est ? »

Mathias se retourna. Judith l’avait rejoint tandis que l’amérindien, ébahi, restait à l’entrée de la tente.

L’orchestre stoppa soudainement. Ils avaient découvert leur présence. Un long sifflement retentit du fond de la nuit. Les insectes s’affolèrent. Dans un tourbillon démentiel, ils se mirent à virevolter autour des trois aventuriers.

Apeurés, ils se couchèrent au sol, entourant leur tête de leurs bras. La musique avait disparu. Ce n’était plus qu’un infernal bruissement d’ailes qui résonnait à leurs oreilles.

Au bout de nombreuses minutes, les insectes se dispersèrent. Le calme revint, avant de laisser la cacophonie habituelle reprendre de plus belle.

— Mais c’était quoi ces bestioles ! s’exclama Judith.

— J’en sais rien, lui répondit son compagnon. Mais c’était étrange. Tu as entendu ? C’était de la vraie musique ! Comme…

— Comme un concert ! Oui, c’est surprenant, pour des insectes…

Ne sachant que penser, ils ne trouvèrent d’autres solutions que de retourner se coucher. Aucun d’entre eux ne sombrât dans le sommeil.

Dès les premières lueurs de l’aube, l’amérindien s’affaira énergiquement. Il emballait ses affaires. Il fit comprendre à ses deux compagnons qu’il ne désirait pas rester ici une nuit de plus. Mathias et Judith n’avaient aucune envie de partir. Leur curiosité scientifique avivée, ils voulaient en apprendre plus sur ces étranges insectes.

Ils restèrent, l’indigène partit. Il leur avait promis de revenir les chercher dans une semaine.

La nuit suivante, Mathias et Judith se préparèrent à recevoir les insectes musiciens. Ils espéraient que leur présence ne les avait pas fais fuir définitivement. Ils avaient démonté leurs tentes, camouflés leurs affaires et préparés caméras et appareils numériques.

Cachés sous des branchages, ils attendirent l’arrivée des virtuoses. Ils ne furent pas déçus. Fidèles à leur rendez-vous noctambule, la nuée de musiciens s’installa parmi des arbres. Il sembla à Mathias et Judith que ce petit coin de forêt formait une sorte de salle de concert où ils se retrouvaient chaque soir afin d’ouvrir le rideau sur un spectacle musicale.

Et quel spectacle ! Il fut différent du premier.

Une multitude de notes s’éleva jusqu’aux frondaisons avec vivacité, évoquant diverses couleurs vives. Les battements de cœur de Mathias et Judith s’accéléraient au rythme de la musique. Au moment fatidique où les notes se faisaient plus douces, ils en oublièrent presque de respirer, retenant leur souffle. Soudain, la mélodie se fit plus vibrante pour retomber, plus émouvante. Cette mélopée saccadée suggérait un cœur qui bat, des poumons qui respirent, des jambes qui courent, bref, toute une vie en mouvement. Ils étaient si stupéfiés qu’ils en oublièrent de prendre des photos et de surveiller la caméra. Elle tournait seule.

Au bout de plusieurs heures, les insectes conclurent leur spectacle par une majestueuse fin qui les laissa sans voix. Puis un long sifflement retentit, les insectes s’envolèrent et la vie reprit.

Ce fut ainsi chaque nuit pendant toute la semaine. Mathias et Judith étaient aux anges, ils en oublièrent les plantes.

Puis, l’amérindien revint et il fallut rentrer.

Une  profonde tristesse emplit leur cœur à l’idée de quitter cet endroit enchanteur. Mais d’un autre côté, ils avaient hâte de faire part de leur découverte et de revenir avec un entomologiste.

Tous deux avaient longuement discuté de cette expérience. Ils restaient persuadés que ces insectes étaient dotés d’une intelligence quasi humaine. En six nuits, ils avaient bénéficié de six concerts différents. Chaque mélodie était unique. Ils désiraient en apprendre plus sur ces musiciens ailés. D’où venaient-ils ? Possédaient-ils un langage ? Pourrions-nous communiquer avec eux ? Apprenaient-ils la musique où était-elle innée ?

Une fois à Paris, ils mirent trois mois à convaincre l’un de leur collègue à les suivre et à préparer la nouvelle expédition. Malgré les preuves numériques, on doutait de leur découverte. Lorsqu’ils annonçaient à leurs amis scientifiques qu’ils avaient rencontrés des insectes musiciens qui chaque soir donnaient un concert mémorable, on leur riait au nez. Quand bien même ils leur présentaient l’un de leur film, ils entendaient rétorquer : « Mais qui vous dit que cette musique est produite par ces insectes ? » « Moi je ne vois rien d’extraordinaire ! Juste une bande d’insectes fluorescents ! » « A coup sûr, vous n’étiez pas loin d’un campement où chaque nuit, on y écoutait « radio classique » grâce à un groupe électrogène ! » «  Bah ! Tout ce vert vous aura monté à la tête, à moins que ce ne soit la boisson locale ! »

Ils étaient écœurés. Ils n’eurent qu’une envie, emmener d’autres personnes pour prouver leur dire. Mais ils n’avaient que Teddy, un vieil entomologiste qui les suivaient par ennui. Proche de la retraite, il en avait assez de son métier. Il avait perdu toute passion pour les insectes depuis la mort de sa femme… A vrai dire, il était plutôt dépressif. Son témoignage aurait-il du poids ? Il restait une solution : ramener l’un de ces insectes en espérant qu’il se lancerait dans un solo…

C’est donc avec un mince espoir qu’ils retournèrent en Amazonie.

A leur arrivée, toute espérance s’envola.

Ce n’était que ruine. Ces grands arbres majestueux dont le feuillage touffu filtrait la lumière n’existaient plus. Ils étaient réduits en un amas calcinés, le bois mort éparpillé sur le sol, comme une immense flaque de sang noir. De fines particules de cendre flottaient dans l’air. Les animaux avaient disparus. Certains avaient succombés sous les flammes. Ils avaient retrouvé le corps brûlé d’un grand singe.

Mathias regarda Judith. Elle pleurait. De grosses larmes lui dessinaient des coulées de poussière sur les joues. La cendre les recouvraient tous. Les restes de cette somptueuse forêt, qui avait vécu durant des millénaires, avait sombré. Maintenant, elle leur collait à la peau, morte. Des restes de centaines de vie animale et végétale sur leur corps, leurs cheveux, leurs vêtements…

Tous ces trésors à jamais envolés… Et les insectes musiciens, avaient-ils survécu ? Comment les retrouver ? La forêt était si grande, et les pilleurs de territoire si acharnés…

Il n’y eut que Teddy pour s’exclamer :

« Et ben, ce sera pas pour ce soir le concert ! 

De Lina Carmen



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Published by Lina Carmen - dans Nouvelle
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commentaires

Joe 20/07/2012 20:12

Bonsoir,

J'ai eu l'occasion de lire votre nouvelle sur le site de Mina et j'ai aimé. Merci pour ce beau texte. Je découvre votre blog. Il est sympa également. Bravo

Joe

Lina Carmen 20/07/2012 20:31



Bonsoir Joe !


Merci pour ton passage. J'espère que tu auras passé un bon moment sur mon blog. Bonne soirée.


Lina



Caliope 20/07/2012 12:45

Je suis incroyable moi... Je viens de me rendre compte que ma note max est 4.9, pourquoi je t'ai mis 4.5, je suis folle, non ? Bref... N'importe quoi.

Lina Carmen 20/07/2012 20:29



mais non, c'est une note excellente 4,5 !



Caliope 20/07/2012 12:44

Si si regarde : Commentaire n°8 posté par Caliope le 07/07/2012 à 10h31. Tu vois ? lol

Lina Carmen 20/07/2012 20:29



oui, j'ai vu ! merci pour ta note !



helene 10/07/2012 11:35

Bonjour Lina,

une fois encore j'ai été prise par ton histoire, combien serait terrible, si d'aventure, on continue à ne pas voir que l'on détruit ce monde en détruisant ses forêts.

Merci pour ce partage, j'ai beaucoup aimé ton histoire.

Helene

Caliope 07/07/2012 10:38

Eh voilà, je t'ai noté ;-)

Lina Carmen 07/07/2012 23:11



je n'ai pas trouvé ton commentaire sur le blog de Mina ?!