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  • Lina Carmen
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 14:26

Samedi 21 août

J’ai quitté Toulouse tôt ce matin pour une escapade bien méritée dans des lieux enchanteurs : le château de Mirambeau, non loin de Bordeaux. Ah ! Comme cette semaine a été difficile ! La cohue de fin de saison, la préparation de la nouvelle collection, l’étouffement estival d’une cité-cuvette… sans oublier le harcèlement incessant de mon luciférien de frère. Mais n’y pensons plus, je suis en week-end !

Délicieuse soirée qui a enchanté ma terne existence. Un ange a rayonné près de moi, j’ai décidé de capter son doux éclat. Ce soir, j’ai fait la connaissance de Claire De Montalabert. Jamais je n’avais rencontré un regard aussi pénétrant que le sien. En peu de temps, de ses prunelles envoutantes, d’un sourire espiègle et d’un mouvement sensuel, elle m’avait conquis… A quarante-cinq ans, l’ensorcellement de l’amour se fait toujours. Saurais-je la subjuguer ?

Lundi 23 août

Mon charmant week-end a pris fin trop tôt. Ce matin, j’ai repris le chemin de la routine parmi mes articles d’optiques. J’aime mon métier et je remercie mon paternel de m’avoir légué l’entreprise familiale, mais aujourd’hui… aujourd’hui je n’ai de pensées que pour Claire…

Son numéro trône en tête dans mon répertoire téléphonique. Devrais-je l’appeler ce soir ? N’est-ce pas trop tôt ?

Mardi 24 août

Je n’ai pas tenu ! A 23 heures, je l’ai appelée. Son sourire transparaissait dans sa voix. Nous avons échangé quelques banalités et promis de nous revoir le week-end prochain. Parisienne, elle doit faire une halte à Montpellier à deux heures de Toulouse, idéal pour la revoir. Nous avons décidé de nous retrouver à la Grande Motte, le cadre parfait pour des retrouvailles.

Ces perspectives ont enjolivé ma journée. Je riais pour un rien ! Même Albert, mon assistant, m’a jeté un œil interrogateur. D’ailleurs, depuis mon retour, il est plutôt froid et distant. Mais cela m’importe peu ! Il peut avoir tous les griefs du monde contre moi, rien ne pourra m’enlever le bonheur de connaître la plus belle des sirènes.

Mercredi 25 août

Je ne comprends plus Albert. Lorsque je lui ai dit que je serais de nouveau absent ce samedi, il s’est permis de me faire des remarques injustifiées. Selon lui, je pense davantage à mes week ends qu’à mon travail ! Il a même osé me reprocher « son » retard pour l’installation de la nouvelle collection dans les deux centres d’optiques ! Si je me souviens bien, c’était à lui de s’en charger. Il oublie que, même si j’en ai fait mon bras droit, il reste avant tout mon employé.

Mais je suis décidé à ne pas laisser ces tracas altérer ma bonne humeur. Vendredi soir, je ferai route pour Montpellier. A moi la plage en compagnie de la jolie Claire.

Jeudi 26 août

Je viens de comprendre l’exaspération d’Albert. Il m’a demandé s’il pouvait prendre quelques jours de congé la semaine prochaine. J’ai refusé, lui rappelant que nous avions encore beaucoup de travail avant la rentrée. Il s’est mis en colère, rétorquant qu’il était le seul à travailler. Il est sorti, m’abandonnant pour le reste de la matinée. Agacé, je n’ai eu de cesse de l’appeler sur son portable. Il n’a pas dédaigné répondre. A midi, laissant la boutique à Martine, je suis parti à sa recherche. Il n’était pas à son domicile. Mais en reprenant le chemin de mon commerce, je l’ai aperçu à la terrasse d’un café… en compagnie de mon frère ! Le mystère est résolu. Mon jumeau a décidé de monter mon meilleur employé contre moi. Dépité, je ne les ai pas approchés. Je me suis contenté de reprendre le travail. Comme toujours, je me sens désarmé face aux agressions sournoises de mon double. Que puis-je donc faire contre une langue venimeuse ? Il s’est toujours plu à salir ma réputation et à me faire passer pour le pire des monstres. Je n’ai plus qu’à espérer qu’Albert reprendra ses esprits.

Vendredi 27 août

Albert n’a pas reparu ni hier, ni aujourd’hui. Je crains le pire. Que vais-je faire pour mon rendez-vous avec Claire ? Je suis censé prendre le train pour Montpellier ce soir. Impossible. Je ne peux pas laisser Martine seule. J’ai bien essayé de récupérer un employé de la rue de l’Horloge pour le faire travailler ici, rue de Metz, impossible. L’un d’entre eux est en vacances à l’étranger. Ils ne seront que deux. Je n’ai pas le choix. Sans Albert, je dois rester.

Je n’ose appeler Claire afin de lui avouer ma défection. Va-t-elle comprendre ?

Lundi 30 août

Quel merveilleux week-end ! Finalement, j’ai pu me rendre à la Grande Motte. Albert a reparu samedi matin, sans explications. Il m’a juste dit qu’il avait été malade ! Je ne suis pas dupe. Je suis certain qu’il s’agit d’une machination pour gâcher mon week-end. Mon frère est encore derrière tout cela. Il n’a jamais manqué une occasion de me pourrir la vie.

Mais qu’importe, je me suis empressé d’attraper le premier train pour Montpellier. J’ai ainsi pu retrouver la douce Claire. Les mots sont trop pauvres pour décrire la magie de ces deux jours. C’est un ange tombé du ciel. Un ange rien que pour moi ? Je n’ose y croire ! Et pourtant, nous nous entendons tellement bien. Elle aime l’opéra, le bon vin, et surtout, les enfants. J’apprécie beaucoup sa discrétion et sa réserve. Bien qu’issue d’une famille aisée, elle reste simple et distinguée. Elle possède des valeurs rares qui font d’elle la femme rêvée pour porter mes enfants. Ah ! Voilà que je me surprends à imaginer ma vie auprès d’elle… Puis-je me permettre de l’avouer ? Je crois que je suis amoureux. Oui, c’est cela, je l’aime ! J’aime Claire De Montalabert.

Mardi 31 août

Mauvaise journée aujourd’hui. Mon frère s’est permis de me rendre une petite visite à la boutique. Je m’en serais bien passé. Sur un ton mièvre et condescendant, il s’est empressé de me poser une multitude de questions sur ma vie personnelle tout en faisant des insinuations désobligeantes. Je n’ai pu résister. Je n’ai d’ailleurs jamais su lui opposer aucune résistance. Encore une fois, son charisme et sa force de persuasion m’ont fait parler. Je lui ai avoué ma liaison avec Claire. Il a vite compris que je tenais à elle, je l’ai vu dans son regard. Je redoute la suite. Ah ! Comme je le déteste !

Je sais qu’il est prêt à tout pour me détruire. Il n’a jamais accepté que père m’ait choisi comme successeur à la tête de l’entreprise familiale. Est-ce ma faute si, à 18 ans, il a quitté la maison pour partir à l’aventure ? Cinq années sans aucune nouvelle. Mère ne l’a pas supporté. Elle est décédée sans revoir son fils. Lorsqu’il est enfin revenu, j’étais déjà le collaborateur de père, avant de prendre sa place, à l’heure de la retraite. Dès ce jour, il n’a eu de cesse de m’empoisonner la vie.

Je n’espère qu’une seule chose, c’est qu’il ne dise rien à père.

Jeudi 3 septembre

Claire mon amour, ces quelques phrases échangées au téléphone n’ont fait que raviver le souvenir du parfum de ta peau, du goût de tes lèvres, de l’étincelle de tes yeux azur. Comme tu me manques ! Depuis hier soir, je ne cesse de penser à toi. Quand nous reverrons-nous ? Je t’imagine, femme parisienne parcourant la capitale afin de délivrer ton amour et ta chaleur aux plus démunis.

Pendant ce temps, je me languis de toi…

Vendredi 4 septembre

Je crains le pire. Père veut me voir. Il ne m’appelle qu’en cas de nécessité absolue. Je ne vois qu’une seule raison : mon frère lui a parlé de Claire. Nul doute qu’il va exiger une rencontre afin de « l’évaluer ». L’une des plus grandes hantises de père est qu’une femme mal intentionnée me dépouille. Après tout, je suis le gardien de l’œuvre de sa vie. Il a tant travaillé pour me léguer les centres d’optique !

Je viens à peine de faire la connaissance de Claire. Mon frère ne me laisse aucun répit ! Comment pourrais-je la soumettre au jugement impitoyable de père ? Bien entendu si elle accepte de m’épouser, elle ne pourra s’y soustraire. Mais le plus tard sera le mieux.

Samedi 5 septembre

J’ai passé la soirée avec père. Quand je pense qu’il y a une semaine, jour pour jour, j’étais dans les bras de ma bien-aimée. Cette fin de semaine est bien misérable comparée à la précédente. Ainsi que je le redoutais, père m’a entretenu de ma relation avec Claire. Je n’ai pu échapper au flot ininterrompu d’interrogations indiscrètes. J’en suis ressorti complètement épuisé. J’ai répondu au mieux, ne lui donnant aucun espoir quant à une prochaine rencontre avec sa famille. Je sais que je n’y échapperai pas très longtemps. Je dois à tout prix éviter de revoir père. Quant à mon frère, il n’a pas hésité à faire acte de présence en fin de soirée, appuyant chaque dire de père, sur ce ton mielleux qu’il affectionne. Ses propos affectés et son visage hypocrite n’ont fait qu’attiser la haine qui étreint mon cœur.

Dimanche 6 septembre

Sombre dimanche où je n’ai fait qu’errer dans mon appartement, engloutissant toutes les sucreries de mon placard, paressant devant le petit écran… Je me sens si pitoyable. Pourquoi est-ce que je laisse toujours ma famille me dicter ma conduite ?

Même si je suis le premier fautif, le second n’est autre que mon frère. Mon jumeau de surcroit ! Sa présence me devient insupportable. Il pourrait disparaitre, je n’en ressentirai qu’un grand soulagement ! Disparaitre… Oui, ce pourrait être une solution.

Lundi 7 septembre

Tout est enfin prêt pour la nouvelle collection. Quel soulagement ! J’ai octroyé une semaine de congé à Albert. Je tiendrais la boutique avec Martine. Je redeviens donc un simple oculiste, le temps d’une semaine.

Je n’ai pas eu de nouvelles de Claire depuis deux jours. Il est vrai que j’étais trop mal en point pour décrocher le téléphone. Mais pourquoi n’a-t-elle pas appelé ? M’aurait-elle déjà oublié ? Ah ! Comme il est délicat d’entretenir une relation amoureuse à distance !

Je pose mon stylo et je l’appelle immédiatement.

Mardi 8 septembre

Claire va venir à Toulouse ! Elle m’a annoncé hier qu’elle avait pris ses dispositions afin de se libérer une dizaine de jours. Je n’ose y croire ! Ma bien-aimée ici, chez moi, pour plus d’une semaine ! Je suis agréablement surpris par son initiative. Partagerait-elle mes sentiments ? Oh ! Comme je l’espère !

Je suis décidé à lui déclarer ma flamme. Elle arrive vendredi soir. Je lui réserve une soirée romantique pour nos retrouvailles.

Quel dommage que je doive travailler toute cette semaine… Ce détail ne la dérange pas. Elle en profitera pour visiter la ville. Nous pourrons néanmoins partager nos déjeuners et passer nos soirées et nos nuits ensemble.

Mercredi 9 septembre

Je suis invariablement dans l’attente du jour béni, celui où je retrouverai mon amour, mon trésor, ma mie. En attendant, je poursuis mes activités machinalement, sans vraiment prêter attention à ce que je fais. J’ai l’impression de flotter. Je ne me suis jamais senti aussi léger ! Est-ce pour cette raison qu’on dit que l’amour donne des ailes ? Serait-elle mon âme-sœur ? Celle qu’un homme peut attendre toute une vie ? Ah ! Je me sens l’âme romantique…

Jeudi 10 septembre

Il est des circonstances où on revient vite sur terre. Pourquoi ne puis-je rester dans cet état de béatitude qui me rend si heureux ?

Tout a commencé ce matin, quand j’ai frôlé accidentellement la main de Martine. Elle s’est alors écriée, devant une cliente, que cela suffisait, que je devais arrêter de la harceler ! J’étais si abasourdi que j’en suis resté muet tandis qu’elle continuait à m’invectiver avant de disparaitre dans les toilettes. J’étais vraiment mal à l’aise avec la cliente, une dame âgée qui choisissait une monture. J’ai bien remarqué son regard, lourd de reproches, mais j’ai préféré l’ignorer et abréger sa visite. Lorsque j’ai voulu m’expliquer avec Martine, elle ne m’a pas laissé placer un mot. Elle m’a annoncé qu’elle prenait sa journée et qu’elle ne savait pas si elle reviendrait demain ! Mais qu’est-ce qui lui a pris ?

Vendredi 11 septembre

Aujourd’hui, j’étais seul à la boutique. J’ai appelé Martine à plusieurs reprises, lui laissant des messages mais elle n’a pas rappelé. Cette situation m’évoque étrangement ce que j’ai vécu récemment avec Albert. Mon frère serait-il derrière cette comédie ? Je me posais cette question quand il est apparu, un sourire pernicieux aux lèvres. Après un bref bonjour, il m’a tendu une feuille. C’était un arrêt de travail au nom de Martine ! Mes craintes étaient justifiées. Mon frère est aussi le médecin traitant de mon employée. Il m’a expliqué que Martine était une jeune femme extrêmement fragile et que beaucoup d’hommes profitaient de sa faiblesse. Son double langage m’a laissé de marbre. Bien que je n’aie su que répliquer, j’ai bien compris qu’il l’avait manipulée afin de la monter contre moi. Qu’avait-il bien pu lui raconter ? Que j’étais un charmeur invétéré et que je profitais de ma situation de patron pour abuser des femmes ? C’est bien là le genre de discours qu’il est capable de tenir. Quoi qu’il en soit, la suite fut plus angoissante. Il m’a demandé, sur un ton désinvolte, à quelle heure j’allais chercher Claire à la gare. Surpris, j’ai bafouillé, hésitant à lui révéler l’information. Mais qu’importe, il a eu ce qu’il voulait : il m’a terrifié. Ma soirée est bel et bien gâchée. Je vais passer mon temps à redouter une initiative indécente de sa part.

Samedi 12 septembre

Je ne peux dormir. Je continue de ressasser les derniers événements. Je devrais être heureux de me retrouver aux côtés de ma tendre Claire, mais je ne le peux. Je vis constamment dans la hantise d’une action malhonnête de mon frère. Son but ultime est de détruire ma vie. Ma décision est prise : je dois me débarrasser de lui.

J’ai bien réfléchi, seule sa mort me soulagerait. S’il disparait à jamais, je pourrais épouser Claire sans aucune inquiétude. J’aurais enfin la vie de famille que j’ai tant espérée. Mais comment puis-je m’y prendre ? J’ai bien lu quelques polars dans ma jeunesse, mais je reste un novice en la matière. La seule chose que j’ai retenue, c’est qu’il faut trouver le plan irréprochable pour un crime parfait. A mon sens, l’idéal est de faire disparaitre le corps.

Sans corps, pas de crime.

Mais comment fait-on pour détruire complètement un homme d’1m85 et de 90 kilos ? J’ai besoin de faire quelques recherches sur le sujet.

Pour le moment, Claire est là, reine sublime dormant paisiblement à mes côtés. Je vais essayer de profiter de ces instants de bonheur.

Lundi 14 septembre

Je profite de mes insomnies chroniques pour continuer ma réflexion autour de la disparition de mon frère. J’ai également réalisé qu’il ne suffisait pas de détruire le corps. Il faut aussi que je fasse croire à sa fuite à l’étranger, sinon la police va le rechercher activement. Il ne devrait pas être impossible de faire admettre sa désertion du foyer pour une escapade amoureuse. Son infidélité est de notoriété publique depuis longtemps. D’ailleurs, il a certainement une aventure avec Martine. Sinon, comment aurait-il eu autant d’emprise sur elle ?

Je suis également impressionné par la désinvolture des internautes sur les forums. Ils parlent de la manière de se débarrasser d’un corps avec une franchise troublante. Ils ont beau affirmer qu’ils n’ont jamais tué personne, leurs propos sont suffisamment précis pour laisser planer le doute. Je ne dois pas être le seul à me retrouver dans cette situation.

J’ai donc déterminé six façons de se débarrasser d’un cadavre :

Le donner en pâture aux porcs. Ils sont assez voraces pour tout broyer et digérer. Seuls les dents et les cheveux leur sont indigestes. Je pourrais toujours raser la tête et brûler les cheveux. Quant aux dents, il faudrait que je les récupère dans les excréments des porcs.

Dissoudre le corps dans de l’acide caustique, pendant au moins 96 heures.

Jeter le corps dans la mer ou un lac, avec suffisamment de poids pour qu’il ne remonte pas. Il faut l’alourdir de trois fois le poids du corps.

Trouver un chantier en construction, laisser le cadavre dans une dalle et couler du béton dessus.

Trouver le moyen d’utiliser un crématorium pour brûler le tout.

Enterrer le corps dans un cimetière. Choisir une ancienne tombe afin que le mort soit suffisamment décomposé pour laisser de la place à mon cadavre.

J’avoue qu’il me serait très difficile, vivant en ville, de trouver un troupeau de porcs. Je pourrais toujours essayer de jeter le corps dans la Garonne. Trouver un chantier en construction me semble assez complexe. L’idée du crématorium ou du cimetière me paraît plus plausible.

Je remarque qu’il faut beaucoup de temps pour planifier un meurtre. Je n’ai même pas encore réfléchi à la manière dont j’allais le tuer ! Pour l’heure, je vais essayer de regagner les bras de Morphée. J’ai besoin de repos : demain, je demande la main de Claire.

Mercredi 16 septembre

Je n’en reviens pas, Claire a dit oui ! Nous ne nous connaissons que depuis quelques semaines, et pourtant, elle n’a pas hésité ! Je suis le plus heureux des hommes !

Enfin presque. Reste une ombre au tableau : mon frère. Accompagné de son épouse, il nous a rendu visite aujourd’hui. Il désirait « faire la connaissance de la fiancée d’Abel » et lui souhaiter « la bienvenue dans la famille ». Quel hypocrite ! J’ai bien saisi le but de ses propos : charmer ma future.

D’ailleurs, Claire était surprise que je ne lui aie jamais parlé de mon frère jumeau. Que pouvais-je rétorquer ? Mon frère présent, je n’ai pas su aligner deux phrases. Malheureusement, Claire, dans sa bonté si naturelle, leur a proposé de dîner avec nous. J’ai donc dû passer ma soirée à supporter les manœuvres de ce serpent sournois, ainsi que le visage crispé et déprimé de ma belle-sœur. Claire m’a demandé pourquoi elle était si triste. Je n’ai pas osé lui avouer que, vivre avec mon frère, c’est déjà se trouver en enfer. J’ai donc inventé une dépression passagère.

Il faut vraiment que je l’élimine au plus vite. Je sens qu’il ne va pas tarder à lancer son poison mortel. Mais comment le tuer ? Je n’ai pas d’armes. Un coup sur la tête ? Il faudrait qu’il soit assez précis pour qu’il meure immédiatement. La noyade ? Cela signifie qu’il me faudrait être aussi fort que lui, ce qui n’est pas si évident. Idem pour l’étranglement ou l’étouffement. Un coup de couteau dans le cœur ? Je pense avoir assez de rage pour y arriver. Mais je n’ai pas envie de me tacher. Je préfère une mort qui ne fasse pas couler trop de sang. Le poison ? Je me souviens d’avoir lu que le poison est souvent l’arme d’une femme. Je ne vois pas pourquoi la gent féminine aurait le monopole du poison ! Après tout, Néron est connu pour avoir empoisonné tout son entourage.

Demain, je ferai quelques recherches sur les poisons.

Jeudi 17 septembre

Aujourd’hui, j’ai obtenu quelques renseignements sur les poisons. Je n’ai retenu que quatre propositions :

La mort au rat, facile à se procurer.

L’arsenic, le poison le plus courant mais très difficile à trouver. Il parait que les noyaux d’abricot en contiennent. Broyé et mélangé à une préparation sucrée, cet arsenic est difficile à déceler.

Les insecticides, comme le Phosdrin qui, malheureusement, ne se vend pas au supermarché.

Les champignons mortels. Mais comment en obtenir hors saison ?

 

Outre le poison, j’ai pensé à d’autres méthodes d’assassinat :

Chute mortelle dans un escalier ou par une fenêtre.

Electrocution.

Mort par overdose. 

Finalement, l’une de ces trois formules me semble plus réalisable que le poison. Il faudrait que je me décide enfin. Le temps presse ! Mon frère se rapproche de plus en plus de Claire. Demain après-midi, il doit l’emmener visiter Airbus.

Vendredi 18 septembre

Je ne comprends pas. Claire n’est pas venue me chercher à la boutique. Lorsque je suis rentré chez moi, elle n’y était pas. Ses affaires non plus. J’ai appelé sur son portable. Elle n’a jamais décroché.

Que lui a dit mon frère ? Quand je l’ai appelé lui aussi, afin d’avoir des explications, il m’a annoncé, avec un naturel écœurant, que Claire m’avait quitté. J’ai eu beau lui demander les raisons de son départ, il m’a juste répondu sur un ton évasif que Claire est une femme honnête, attachée à des principes dont elle ne peut déroger, même pour l’amour d’un petit opticien comme moi… Que voulait-il dire ? Ne me laissant pas une seconde pour répliquer, il a continué en ajoutant que je ne méritais pas une épouse comme Claire. Selon lui, je n’ai pas été capable de la retenir, encore moins de l’épouser !

Ne serais-je donc qu’un perdant ? Incapable de tenir tête à mon frère et encore moins de rendre une femme heureuse ? Désespéré, j’ai raccroché.

Je souffre atrocement. Pourquoi m’a-t-il fait cela ? Pourquoi Claire a cru à ses mensonges ? Suis-je si détestable ? Oui, je dois l’être. Comment ai-je pu croire qu’un ange comme Claire pouvait m’aimer ? J’ai été si stupide ! J’ai envie de tout oublier. Oublier cette douleur sourde qui enserre ma poitrine, oublier le regard envoûtant de Claire, oublier jusqu’à ma propre existence. Ne plus rien ressentir, oui, c’est cela la solution. J’ai d’ailleurs le meilleur des traitements : le whisky.

Jeudi 24 septembre

Mon très cher frère. Te voilà enfin sous terre. J’ai eu quelques difficultés, il est vrai, à te faire disparaître. Mais comme tout le monde le sait, je suis particulièrement patient. J’ai attendu le bon moment. Attendu que tu tombes éperdument amoureux. Ensuite, les choses ont été très simples. J’avais gardé des photos compromettantes d’une soirée bien arrosée. Je n’ai eu qu’à les montrer à ta fiancée en lui faisant croire qu’elles étaient récentes. Ta réputation faite, elle n’a eu qu’une seule envie, t’abandonner. La suite a été encore plus aisée. Face à ton désarroi, je t’ai prescrit un anxiolytique que tu n’as pas voulu. Mais l’ordonnance était faite sous tes yeux et plus tard, je me suis fait passer pour toi à la pharmacie. C’est si simple quand on est jumeaux ! J’ai laissé tout cela chez toi, en évidence après ta mort. La police a tout retrouvé. Tu avais avalé une grosse dose de médicaments et personne n’était là pour te venir en aide… Enfin presque, puisque c’est moi qui t’ai administré la bonne dose dans ta tisane du soir, à ton insu. Il faut dire que tu étais si désespéré que ta garde était relâchée. La police m’a bien interrogé, mais qui soupçonnerait un frère éploré ? Je me suis bien gardé de montrer à quiconque la haine que tu m’inspirais. Haine qui était d’ailleurs réciproque à ce que j’ai pu lire ici. Tu as désiré ma mort ? Tu pensais que le crime parfait, c’était faire disparaître le corps, mais tu te trompais. Le crime parfait, c’est faire croire à un suicide. As-tu oublié que le frère qui se fait assassiner, c’est toujours Abel ? 

De Lina Carmen 

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Published by Lina Carmen - dans Nouvelle
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