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  • Lina Carmen
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 16:56

— Vous pouvez le constater dans son dossier médical. Clémentine Maillon possède un CRE (Cerveau à Réflexion Etoilé). Son hypersensibilité est telle qu'elle s'apparente presque à de l'autisme. La principale différence tient dans le fait que Clémentine a une empathie exacerbée. Elle capte toutes les émotions des personnes qui l'entourent.

— Pensez-vous, Docteur Kruck, que Melle Maillon soit une surdouée ?

— Vous savez bien, Maître Douair, que je n'aime pas cette appellation. Elle est bien trop restrictive. D'ailleurs, malgré ses étonnantes capacités, Clémentine supporte le poids d'un handicap qui explique, en partie, son état psychologique actuel : elle souffre de dyscalculie.

— C'est ce que je constate dans son dossier. Elle est vraiment incapable de compter correctement ?

— Ce n'est pas tout à fait exact, Maître Bourtaz. Grâce à son CRE, elle a su pallier à cet handicap et utiliser d'autres fonctionnalités neuronales pour remédier à cette déficience. C'est d'ailleurs pour cette principale raison que cette difficulté d'apprentissage n'a jamais été dépistée pendant sa scolarité. Mais cette capacité a ses limites. En cours de science, ses résultats ont toujours été considérés comme tout juste passable. Ce constat a accentué son mal être et a été l'un des grains de sable qui a enrayé son parcours.

— J'aurais une question.

— Oui, Maître Nourdine ?

— En quoi Melle Maillon pourrait-elle être d'une quelconque utilité dans l'évolution de notre société?

— Elle a un talent inexploité, à cause son état dépressif et de son alcoolisme récurrent.

— Vous ne le figurez pas dans votre rapport Docteur Kruck. Pourquoi ?

— Je n'ai aucunes preuves scientifiques à vous soumettre. Juste une intuition, basée sur les résultats des séances de thérapie de Clémentine, mais qui corroborent les conclusions de la neurographie.

— Et bien, exposez-les nous.

— Clémentine aime beaucoup lire et particulièrement les romans de science fiction. Elle a une imagination sans borne et une vision du monde assez particulière. Elle possède une perspicacité assez déroutante. Non seulement elle lit en vous comme dans un livre ouvert, mais elle s'attarde sur des détails que la plupart ignorent, comme le mouvement des insectes ou l'intensité de la lumière du soleil. De plus, lors de sa scolarité, elle surpassait tout le monde dans une matière : l'élaboration d'écrits littéraires sur un thème.

— Voulez-vous dire, Docteur Kruck, qu'elle aurait pu devenir un grand auteur de science fiction ?

— Oui, Maître Nourdine. Je pense qu'elle est douée pour l'écriture de romans de science fiction.

— Vous oubliez une chose essentielle Docteur Kruck. La Commission du Temps a pour vocation d'améliorer la destinée de notre société et non d'aider un individu à s'enrichir avec un talent aussi inutile que l'écriture de romans.

— Avec tout le respect que je vous dois, Maître Douair, je ne pense pas qu'un auteur de science fiction soit inutile à la société.

— Oh ! Je ne savais pas que vous étiez un passionné de ce genre de littérature, Docteur.

— Là n'est pas la question. La science fiction a eu un énorme impact sur l'avancée de la science. Ce sont les auteurs de cette littérature qui ont tout d'abord pensé aux voyages interstellaires. Rappelez-vous Jules Verne avec son roman d'anticipation : "De la terre à la Lune". Et ce n'est là qu'un exemple parmi tant d'autre. Les auteurs de science fiction ont imaginé et les scientifiques ont réalisé. C'est la symbiose parfaite entre un esprit créatif et concret.

— Si je comprends bien votre raisonnement, Docteur Kruck, Melle Maillon pourrait-être le moteur de nouvelles avancées technologiques ?

— Tout à fait Maître Bourtaz. Je pense que si on lui donne l'occasion de devenir celle qu'elle aurait dû être, elle serait d'une grande utilité à notre société.

— Dans votre rapport, Docuteur Kruck, vous dites qu'il suffirait de se connecter à la signature neuronale du professeur de français Melle Maillon pour déclencher ce que vous appelez "le démarrage de la résilience."

— Oui, Maître Nourdine. Clémentine a subi la pression psychologique d'un père tyrannique qui voulait qu'elle devienne médecin. Par son intransigeance et sa dureté, son père lui a appris qu'elle ne valait pas grand-chose car elle était incapable d'accéder à ses exigences. De plus, aucun de ses professeurs, pourtant conscient de son potentiel pour l'écriture, ne l'a encouragée dans cette voie. Elle a atteint l'âge de 40 ans, sans que quiconque ne remarque ses capacités et l'encourage dans ce sens. Aujourd'hui, elle est trop détruite pour rattraper le temps perdu. Seule une connexion neuronale à l'un de ses proches dans le passé, peut l'aider à démarrer la résilience et à avancer vers une autre voie.

— Très bien Docteur Kruck. Nous avons tous les éléments nécessaires afin d'évaluer votre demande. Veuillez retourner en salle d'attente, nous vous appelons dés que nous aurons pris une décision.

Le docteur Kruck, un grand homme de prés de deux mètres, quitta la salle d'audience afin de retrouver le confort d'une salle aux couleurs chaudes, garnies de canapés et d'écrans aux images publicitaires.

Il s'assit. Il portait une blouse blanche rehaussée d'un col gris, signe de son statut comme docteur en psychologie. Dans son pays, on portait la blouse blanche comme d'en d'autres, on portait un costume cravate. Chaque scientifique, après obtention de son diplôme, recevait l'honneur de porter la blouse nacrée au col coloré selon sa spécialité.

Les cheveux presque rasés, un nez aquilin, de grands yeux d'un bleu envoûtant, le docteur Kruk ruminait de sombres pensées. Il avait peur. Et si sa demande était déboutée ? Que deviendrait Clémentine ? Il avait tout essayé pour l'aider à s'en sortir. En vain. Invariablement, elle retombait dans ses vices. Il ne restait plus qu'une dernière solution : influencer son passé.

Grâce à une technologie qui alliait le voyage dans le temps et le contrôle neuronale, les Maîtres du Temps pouvait agir dans le passé d'un individu. Il leur suffisait de maîtriser la conscience d'une personne bien défini dans le passé, pour la faire agir et parler à leur guise pendant quelques minutes. Le besoin en énergie du dispositif était tel qu'ils ne pouvaient agir que peu de temps. Mais les implications morales étaient assez conséquentes. C'est pourquoi, chaque action était étudiée assidument afin de ne pas altérer négativement le passé et le futur. Le docteur Kruk avait déposé une demande en faveur de Clémentine Maillon, une quinquagénaire dépressive et alcoolique.

Il était conscient de l'implication du changement qu'il espérait. Il pouvait ne jamais rencontrer Clémentine. En tout cas, pas dans son centre de désintoxication pour alcoolique. Néanmoins, il était prêt à prendre ce risque. Une seule chose comptait à ses yeux, le bonheur de Clémentine.

Une voix robotique retentit dans la pièce : "Docteur Kruck, veuillez vous rendre en salle d'audience."

Nerveux, le docteur se leva prestement et arpenta le long couloir qui menait devant la Commission du Temps. Quand la porte s'ouvrit, il se retrouva de nouveau devant les trois Maîtres du Temps. Le Maître Nourdine, coiffé de son Keffieh rouge et de sa blouse blanche au col écarlate, prit la parole.

" Après délibération, nous avons accepté à l'unanimité votre demande. L'opération se fera demain matin, à neuf heures."

Le docteur Kruck scruta les visages ridés de ses interlocuteurs. Le Maître Douair, une connaissance de la famille, le regardait de ses petits yeux gris avec compassion. Se doutait-il de ses sentiments envers Clémentine ? Qu'importe ! La Commission du Temps avait accepté. Clémentine serait sauvée.

Fiévreux, le docteur Kruck se téléporta à la clinique de désintoxication. Il y retrouva celle qui faisait battre son cœur. Elle était couchée, ses paupières tressautant sous l'activation de ses yeux. A quoi pouvait-elle rêver ? Ou cauchemarder. Mais ce serait certainement son dernier cauchemar car le docteur Kruck en était certain, demain, sa destinée changerai.

 

Clémentine traînait les pieds en entrant en cours. Elle détestait l'école. Le collège, et surtout la classe de quatrième, était loin d'être une partie de plaisir.

Si seulement je pouvais arrêter l'école à l'âge de seize ans ! Je préfère aller travailler plutôt que de continuer à m'ennuyer en cours.

Son visage caché sous une longue mèche brune, l'adolescente avait ses yeux noisette braqués vers le sol. Perdue dans ses songes, elle ignora ses camarades en s'asseyant.

Mais pourquoi mon père insiste autant pour que je fasse de longues études ? Avec mes résultats médiocres, il sait pourtant que je ne pourrais jamais être médecin !

Le professeur entra. C'était un homme d'une cinquantaine d'années, au crâne dégarni, en veste et chemise, qui portait une sacoche en cuir marron. Son visage était crispé sous une expression d'une profonde angoisse.

Et bien, il n'a pas l'air d'être heureux le prof de français aujourd'hui. De toute façon, il n'aime pas son travail. Je crois que ce sont surtout les élèves qu'il déteste. Est-ce qu'on est tous voué à faire un métier qu'on a en horreur ?

"Silence !" s'écria l'enseignant en sortant des copies de son sac.

"Avant de vous rendre vos rédactions, qui sont assez médiocres comme toujours, je vais faire l'appel. Et dans le SILENCE !"

Les élèves se turent enfin quand le professeur se mit à élever la voix. Ce dernier commença à vérifier la présence de chacun.

Qu'est-ce que je pourrais faire comme métier plus tard ? Journaliste ? Je suis trop nulle, jamais je n'arriverai à obtenir les diplômes nécessaires. La seule chose que je sache à peu près faire, c'est écrire. Mais jamais je ne pourrais gagner ma vie avec une capacité aussi inutile !

"Bien, je vais maintenant vous rendre vos rédactions."

Soudain, le professeur s'immobilisa et regarda autour de lui, comme s'il était frappé d'amnésie. Il leva les mains qui tenaient toujours les copies.

"Ah oui ! Ce sont vos rédactions. Je vais vous les rendre," s'exclama-t-il sur un ton enjoué, très différent de l'intonation désabusée qu'il avait précédemment.

"Vous avez fait du bon travail, comme toujours. Quelqu'un veut bien les distribuer ?"

Un élève se proposa. Le professeur lui tendit les exemplaires mais en garda une.

Mais qu'est-ce qu'il a tout à coup ? On dirait qu'une entité a pris possession de son corps ! Nos résultats sont médiocres ou bons ?

"J'aimerai surtout féliciter Clémentine Maillon, qui a, encore une fois, obtenu un 15. Mademoiselle, vous avez du talent pour l'écriture ! N'oubliez pas son nom ni son visage. Dans quelques années, elle sera le plus grand auteur de votre génération. Vous pourrez vous vanter d'avoir été en classe avec elle. Vous êtes faites pour écrire mademoiselle. Continuez dans cette voie."

L'enseignant la regardait avec bonté en lui tendant sa copie.

"Mer..ci, bredouilla la jeune fille.

Tout à coup, le professeur leva la tête et scruta les élèves, interdit.

"Qu'est-ce que je faisais ? Arnaud, vous avez distribué les copies ? Bon, très bien, on va passer à la suite. Prenez votre livre à la page 45."

La mine renfrogné, il avait repris son cours avec sa mauvaise humeur habituelle.

Wouah ! Qu'est-ce qui lui a pris ? Il le pense vraiment ? Moi, une romancière ? Pourquoi pas. J'aime tellement écrire. Et il pense que j'ai du talent ! Moi, du talent… non, ce n'est pas possible.

Le cours se termina tandis que Clémentine, bouleversée par ces propos élogieux, ne cessait de se questionner sur son avenir.

— Eh ! Clémentine ! s'écria une de ses camarades tandis qu'ils sortaient de la salle. Je pourrais lire ta rédaction ?

— Heu… oui, pourquoi ?

— Je suis curieuse de voir de quoi tu es capable. J'aime beaucoup lire tu sais ! Tu as déjà écrit des nouvelles ou peut-être même un roman ?

— Un roman ? Oh non, juste quelques nouvelles.

— Je pourrais les lire ?

— Je ne sais pas… jamais personne ne m'a lu.

— Allez, s'il te plait !

Clémentine fut touchée par les yeux larmoyants de Laure.

Laure Chabrol, la première de la classe qui s'intéresse à moi ? J'y crois pas. Pourtant, elle parait si sincère…

— Tu as peur que je pique tes idées ? N'aies pas peur ! Je n'ai pas l'intention de devenir un écrivain. Passer tout mon temps à écrire, ça ne m'enchante pas ! Ce que je préfère par-dessus tout, ce sont les maths. Mais pour me détendre, j'aime prendre un bon bouquin.

Elle semble honnête. Je crois qu'elle s'intéresse vraiment à ce que j'écris. J'espère qu'elle va aimer ce que je fais !

— Ok, mais à une seule condition.

— Laquelle ?

— Tu dois me promettre de ne jamais me mentir. Si tu n'aimes pas, il faudra me le dire !

—Condition acceptée ! Je te promets de te dire honnêtement ce que je pense.

Les deux nouvelles amies continuèrent la discussion en se rendant au prochain cours.

 

La salle de conférence était comble. Tous n’avaient qu’une seule envie, entendre l’éminent Professeur Kokolovski. La scène s’illumina soudainement, découvrant la jolie présentatrice, Nathalie Hecher. Les cheveux d’un noir de jais coupés à la dernière mode, elle arborait une combinaison brillante qui moulait ses formes. Comme toujours, elle accueillit les assistants avec emphase et une mise en scène théâtrale.

« Bienvenue à tous chers scientifiques, profanes, parent au foyer ou simple curieux, bienvenue à tous pour cette édition spéciale, une conférence télévisée des plus populaire, celle qui vient émailler votre pauvre quotidien d’un peu de punch et surtout de nouveautés ! Veuillez accueillir notre éminent professeur, celui qui a su alléger notre quotidien de tant de gadget indispensables, j’ai nommé le professeur Kokolovski ! »

Tous applaudir chaleureusement à l’arrivé du petit homme qui semblait si ridicule à côté de Nathalie, perchée sur des ultra-talons.

Afin d’intéresser un plus large public aux découvertes scientifiques, on avait mixé les conférences avec des émissions de télévision. C’est pourquoi, après sa prestigieuse présentation, Nathalie quitta la scène pour laisser le professeur s’exprimer.

—Bonsoir Mesdames et Messieurs. C’est un grand honneur pour moi de vous recevoir ici afin de vous expliquer ma dernière invention. Depuis mon enfance, je suis fasciné par le recyclage. L’idée de pouvoir recycler chaque particules de matières, qu’elle que soit sa composition, a toujours posé problèmes. Et pourtant, quel gain de temps et d’énergie ce serait ! Une économie qui non seulement faciliterait notre vie mais surtout préserverai notre planète. J’avoue que c’est ce dernier point qui m’a le plus motivé.

Cela étant dit, il m’a fallut une trentaine d’années pour arriver à ce résultat. Je suis heureux, mesdames et messieurs de vous présenter la Koko Recycletou ! Vous me pardonnerez certainement mon audace de lui avoir donné mon diminutif comme nom, un petit égarement dû à un sursaut d’orgueil…

Bref, comme vous pouvez le voir sur le film qui passe derrière moi, c’est un engin assez impressionnant mais parfaitement autonome car il est guidé par une intelligence artificielle qui détecte le produit, le disloque et le transforme en une nouvelle matière, le Composite ER (Eléments Recyclés). Ce composite est très résistant, à l’épreuve du feu et utile pour un usage infini : construction, meubles, jouets, composants électronique, machines… Pendant que je vous parle, nous envoyons sur vos Lecteurs un dossier complet qui présente la Koko Recycletou.

Avez-vous des questions ?

—Comment vous est venue l’idée de tout recycler, jusqu’à nos déchets ménagers ?

—Je le dois à Clémentine Maillon.

—L’auteur de science fiction ?

—Tout à fait. Dans son roman « La valse du temps », elle nous transporte dans un monde où les humains ont enfin réussi à vivre en symbiose avec la nature tout en continuant leurs avancées technologiques. On a longtemps pensé que pour respecter la nature, nous devions revenir en arrière et vivre presque comme des sauvages, sans eau courante et électricité. Il est évident qu’en vivant ainsi, nos ancêtres produisaient peu de pollution. Mais Clémentine Maillon a émis l’hypothèse que nous pouvions allier la technologie avec le respect de notre environnement. Ses idées, précises, m’ont toujours inspiré. Vous avez déjà chez vous un broyeur biomasse qui produit une partie de votre électricité grâce à vos déchets. Je ne revendique pas entièrement la paternité de cette invention, car tout comme pour la Koko Recylcetou, Clémentine Maillon l’avait déjà imaginé, dans son roman « La Valse du temps ». Elle a imaginé et moi, je tente de réaliser.

La conférence télévisée continua ainsi pendant une trentaine de minutes. Ensuite, Nathalie revint sur scène pour faire son show.

Maître Barython, commanda à son IA d’éteindre l’émission. Il était l’un des successeurs des Maîtres du temps. La Commission du Temps existait depuis des décennies. Chaque intervention restait secrète car seul le Maître qui intervenait dans le cours du temps se souvenait du changement. Maître Barython était jeune pour un Maître du temps, il n’avait que quatre intervention à son actif. Mais à chaque fois qu’il y a avait un événement majeur dans la société, il ne pouvait s’empêcher de se demander si la Commission du Temps était responsable…

 De Lina Carmen

 

 

 

 

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Published by Lina Carmen
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