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  • Lina Carmen
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 15:30

Je publie ce texte en "article" car quand je publie en "page" (à gauche dans la colonne), vous ne pouvez pas commenter. C'est vraiment mal fait. N'hésitez donc pas à commenter !

Lina

 

« Elle est malade. Elle reste couchée aujourd’hui. »

Rachid ne jeta même pas un regard à sa femme quand elle s’adressa ainsi à lui. Il monta rapidement les escaliers et ouvrit la porte de la chambre de sa fille. D’une main, il tira la couverture.

« Il est l’heure d’aller à l’école. Lève-toi si tu ne veux pas être en retard. »

Leïla souleva ses paupières et s’assit doucement sur le lit. Elle savait qu’il n’était pas question de discuter avec son père. Elle n’avait plus qu’à obéir. Lentement, elle s’exécuta, espérant que son corps affaibli soutiendrait cet effort.

Quand elle descendit les escaliers, prête à sortir pour se rendre à l’école, elle se heurta à sa mère.

Mais qu’est ce que tu fais debout ? Reste au lit ! Tu es trop malade pour aller à l’école.

— C’est papa, il faut que j’y aille maman. A ce soir, ajouta t-elle en l’embrassant.

Aicha était sidérée. Une profonde colère monta du fond de son ventre jusqu’à sa gorge. Elle avait envie de crier. Comment pouvait-il faire ça ? Obliger son bébé à se rendre à l’école malgré la fièvre ? Comment pouvait-il être si méchant ?

Leïla ne supporterait jamais cette longue journée avec le mal qui emplissait son corps. Elle avait besoin de voir un médecin !

L’angoisse étreignit l’estomac d’Aicha. Et si elle faisait un malaise dans le tramway ?  Les pensées se bousculaient dans sa tête, elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer le pire.

Et lui, il était là, imperturbable dans son fauteuil, la télécommande à la main, attendant qu’elle lui serve son petit déjeuner.

Elle apporta le plateau avec rudesse, le cognant contre la table basse. Le café éclaboussa les tartines mais il ne dit rien : ni merci, ni reproche.

Un mur. Il n’était qu’un mur. Et encore, sur un mur, Aicha aurait pu y accrocher de jolis paysages colorés. Lui, il était un mur gris et sinistre, sans regard ni écoute.

Pourtant, il fallait bien qu’elle tente, qu’elle lui fasse entendre raison !

Comme tant d’autres fois, elle essaya :

« Pourquoi l’as-tu laissé aller à l’école ? Je t’ai dit qu’elle était malade ! C’est un docteur qu’on aurait dû appeler ! »

Silence. Seule la télé braillait son interminable publicité.

Mais que me veut-elle encore ? Pourquoi conteste t-elle toujours mes décisions ? Jamais ma mère n’aurait osé remettre en cause les ordres de mon père !

Il ne la regardait même pas ! Elle lui parlait, et lui l’ignorait ! Sa rage augmenta. Elle oublia le danger et devint plus hargneuse.

« Si tu étais un bon père, tu l’aurais laissé au lit. »

Tels des flèches venimeuses, ses paroles attinrent leur but : elle obtint un regard. Oh ! Un bref regard noir de quelques secondes. Il retomba presque aussitôt le nez dans son café.

Et voilà, je suis un mauvais père maintenant ! Quand je pense à tous les obstacles que j’ai dû surmonter pour que ma fille entre au collège international !

L’irritation gagnait Rachid. Des picotements parcouraient ses mains. Ses oreilles ne supportaient plus cette voix criarde.

« Tu ne te soucies même pas de sa santé ! »

Les reproches affluaient et l’agacement gonflait  le cœur de Rachid.

Mais va-t-elle se taire ? Qu’est-ce qu’elle peut bien y comprendre de toute façon ? Leïla ne peut pas rater ses cours ! Elle ne comprend rien, non, elle ne comprend rien !!!

« Tu la détestes ! C’est la mort de notre fille que tu veux ? C’est ça ? Dis-le ! Vas-y, dis le que tu veux sa mort ! »

Aicha s’était levée, ivre de rage. Son angoisse avait débordé de sa bouche, elle s’était étalée à la face de son mari.

Une énorme gifle la propulsa dans le sofa. Une autre s’abattit sur elle. Et encore une.

Rachid avait encore craqué. Son irritation s’était muée en colère. Sa fureur s’était enfermée dans ses mains. Ses paumes avaient frappées.

Elle ne comprendra jamais, JAMAIS !

Aicha s’était réfugiée dans sa chambre, laissant le salon à son bourreau de mari. Pourquoi l’avait-il frappé ? Elle n’attendait qu’une seule chose pourtant : qu’il lui parle. Mais il ne connaissait qu’un seul langage : les coups.

Rachid ressassait l’incident dans sa tête. Sa journée était belle et bien gâchée. Il devait si souvent rappeler sa femme à l’ordre ! Mais pourquoi était-elle si indisciplinée ? Ne pouvait-elle pas lui faire confiance ? S’il avait des exigences, ce n’était que pour le bien de leur famille, et surtout celle de leur fille. Après tout, c’était Leïla qui désirait devenir médecin.

Non, vraiment, Aicha ne comprenait rien, absolument rien.

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Published by Lina Carmen
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commentaires

.sandra 05/04/2012 15:49

Coucou !

Comme ça je peux laisser un com' et te redire comme j'aime ce texte et ta manière d'aborder cette scène. Car c'est très visuel, on imagine vraiment les personnages, en proie à leurs rancoeurs,
enfermés dans leurs pensées.
Bisous et bonne journée,

Sandra