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  • Lina Carmen
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman
  • Auteur avant tout pour la jeunesse, mon roman "L'émeraude oubliée : l'évasion", tome 1 sort en juin 2014, avec les éditions La Bourdonnaye. Les deux autres tomes suivront fin 2014 et en 2015. J'écris aussi pour les adultes avec deux autres roman

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 14:54
Récemment, j'ai fait partie du jury pour le concours du zine Autres Mondes dans la catégorie texte. Mes deux préférés se sont finalement retrouvés sur le podium ! Profitez dès maintenant de ces deux merveilles. Le thème : "Etrange planète".
 
 
Monsieur Porte
 
villeprison.jpg           
 
Sombre, froide, mon alliée la nuit me recouvre et me cache. Il me faut me méfier, elle peut se faire traîtresse et cacher à mes sens tant de gens et tant d’êtres… Je respire doucement, je dois vaincre ma peur. Mon pas doit être sûr tout autant que discret, La rapine est ma vie, car je suis un voleur.
 
Devant moi elle se dresse, cette immense bâtisse, arrogante, opulente elle respire la richesse. Si je suis compétent à ma tâche ce soir, je me ferai je crois, de quoi vivre dix ans avant mon prochain vol. L’enthousiasme aussi peut être perfide. Je dois donc me calmer et ramener avec moi mon amie la prudence. J’avance, aux aguets.
 
La boite au lettre est là, intrigué, je déchiffre : « monsieur Porte » curieux, quel est donc ce nom là ? Après tout, que me chaut ? Je me mets en recherche d’une entrée, je la cherche, puis finis par tomber sur une fenêtre. Elle n’est pas fermée, l’insouciance des riches est souvent mon amie. Je l’ouvre, et j’entre, sans cérémonie. La clarté de la lune à mes yeux suffit pour inspecter la pièce. Des meubles fort jolis, mais rien qui ne tienne dans mon sac, je passe, et me dirige droit vers une pièce à coté. Là encore un bref examen me suffit. Pas d’or, pas de coffre, Quelques meubles et des verres, mais rien qui puisse me satisfaire. Il me faut désormais aller à l’étage.
 
Pourquoi n’ai-je pas fui en voyant la lumière ? Pourquoi suis-je entré, entendant la musique. Je ne sais, et c’est ainsi que je me suis retrouvé dans cette pièce étrange
Je n’ai pas entendu la porte se fermer derrière moi, je n’ai pas vu l’homme assis dans le seul fauteuil de cette pièce. J’étais trop fasciné par le spectacle de cette sphère au centre de la pièce. Je voyais les nuages, les continents, les océans, L’objet avait la taille d’un globe terrestre, mais il offrait un spectacle vivant, mouvant. Il ne s’agissait pas de la terre, les continents n’avaient rien à voir.
« Antriès » dit une voix derrière moi. Je me retourne, désemparé. « C’est le nom de cette planète ». L’homme qui vient de dire ces mots est un grand individu au teint pâle, vêtu de noir. En cet instant, je me rends compte de l’étendue de mon imprudence. L’homme me toise avec mépris. Je le vois porter négligemment à sa bouche une sorte de pipe. Je me retourne, et cours vers la porte. Mais par je ne sais quelle artifice, elle est verrouillée. Désespéré, je me prépare à faire face. L’homme s’est avancé vers moi, et le voilà qui souffle sa fumée à mon visage. L’odeur me fait tousser, puis me suffoque, je me sens entouré de fumée, et sens mon corps entraîné dans une chute sans fin. La dernière chose que je vois avant de sombrer est le visage du maître des lieux, Monsieur Porte.
 
Je me réveille dans la fournaise. Je suis au milieu d’un désert. Les soleils commencent à me brûler la peau. Les soleils ? Oui, je les vois nettement, deux soleils de grosseur différente qui se partagent le ciel. J’ai du mal à me relever. Mon corps me semble si lourd ici. Je me reprend, me calme. Je ne sais pas comment je suis parvenu ici, ni comment je vais survivre, mais au moins un nom m’est connu. « Antriès »
 
 
Pâles, les lunes me guident dans la nuit. Une demeure d’aspect rupin me fait face. Les bandits noirs du désert de Kael m’ont renseigné. Leur chef, Raffhiel, un lézard bipède qui me surnomme « le bizarre » compte sur moi pour mener à bien ce vol. Je me glisse comme un murmure dans la nuit. Mon pas doit être sûr tout autant que discret, la rapine est universelle, et elle dirige ma vie.
Il m’a fallu un temps pour m’adapter, mais mon talent a su être reconnu par les habitants de cette étrange planète. J’ai appris à lire « porte » dans la majeure partie des langues parlées sur Antriès. Un jour, lors d’un de mes larcins, je tomberai sur la demeure de celui qui m’a amené ici. Une porte peut être franchie dans les deux sens, et je sais qu’il existe une curieuse pièce au milieu de laquelle tourne un globe représentant la Terre. Je la retrouverai, je le retrouverai.
 
Eolia
fantastique2
Un sable d’or nous entourait de tous côtés et plus nous progressions vers le cœur du désert, plus la chaleur s’alourdissait. Les bédouins étaient accoutumés à ces traversées redoutables, ce qui n’était pas mon cas…
Haremheb fit ralentir sa monture, qui replia ses jambes sous son abdomen et lui permit de descendre à terre. Le bédouin était un homme d’une soixantaine d’années au teint basané et chargé de rides. Il était vêtu d’un vêtement très ample dans lequel les rafales de vent s’engouffraient et rafraîchissaient son corps et sur sa tête, il portait un foulard rouge et blanc, ceinturé d’une cordelette qui le protégeait des coups de soleil. J’étais moi-même accoutré de la même panoplie hormis la dague incurvée qui pendait à sa ceinture et les effigies d’anciens dieux qui bringuebalaient autour de ses poignets.
Haremheb donna l’ordre d’élever la grande tente en laine de chameau, puis il dégrafa l’outre en peau de bouc accrochée à l’attelage de son chameau.
- Il faut boire, me dit-il, sinon le simoun déshydratera ton corps et tu tomberas raide mort.
Je bus avidement. L’eau inonda ma bouche et s’engouffra dans ma gorge qui était aussi sèche que le cuir de cette gourde ! Je rendis l’outre et mis pied à terre.
Les nomades s’activaient pour monter la grande tente où nous allions passer la nuit et des bédouines me jaugeaient mais je n’étais pas le premier étranger qu’elles croisaient. La femme d’Haremheb vint à me proposer quelques fruits étranges au goût très salé qui prévenaient la déshydratation. J’en pris un pour ne pas l’offenser.
Elle était si jeune par rapport à son époux. Je lui donnais vingt ans, mais on m’apprit qu’en ces terres, l’apparence était trompeuse. L’obélisque stellaire démystifiait le Temps. Bien sûr, je n’y croyais pas.
J’avais passé une partie de mon existence à prouver que la magie, les fantômes et les génies n’existent pas. J’ai dû rendre mon tablier ; les enquêtes fantaisistes ne paient pas les factures et puisque je passais pour un illuminé, il a fallu employer les grands moyens ! Je me suis lancé à corps perdu dans une enquête sérieuse sur le nouvel opium de la Jet-set et de fil en aiguille, me voilà projeté à des années lumières de la Terre.
Je ne croyais pas aux promesses de l’obélisque mais j’avais un papier à écrire qui prouverait à ma patronne que je suis un bon envoyé spécial.
Fraîchement débarqué sur Kandara, un étrange continent sablonneux en forme de croissant de lune, je rencontrais Haremheb qui préparait une expédition au cœur du désert afin que son fils et sa fille, aux portes du Styx, recouvrent la santé.
La tente érigée, le vieux nomade me fit signe d’y entrer. Soudain, il lança des ordres à la volée : une tempête s’annonçait.
J’entendis une étrange mélodie, celle du vent. L’instant d’après, des rafales malmenèrent la peau tissée de notre abri. Heureusement, les poutres de bois qui la maintenait étaient solidement ancrées dans le sol.
- Demain, l’étranger, ce sera pire, ajouta Haremheb. Là où nous irons, la tente ne nous saura d’aucun secours. Là où nous irons, la rage du vent sera si puissante, qu’elle nous déshabillera, vêtements et peau, chair, muscles et tendons.
La traversée du désert d’Eolia me semblait une cause hasardeuse et c’est sur ce chemin périlleux que nous nous engagions.

Nous reprîmes la route avant l’aube. Mon baromètre affichait quarante-trois degrés, c’était trop, la soif me harcelait, je peinais à parler tant ma gorge était sèche. Soudain dans l’horizon se dessinèrent les contours de voiliers.
- Est-ce…une hallu..nation ?
- Non, mon brave étranger, répondit Haremheb. C’est un port de navigation. Hier, me rappela-t-il, j’ai dit que le vent nous balaierai comme des poupées, c’est pourquoi nos Anciens ont eu l’idée de ce stratagème. Les bateaux sont montés sur des patins. Il nous suffit de monter les voiles en cuir d’alligator, lorsque la tempête fait rage, l’embarcation est propulsée à travers le désert. Nous devons prendre garde toutefois aux sables mouvants et aux rochers qui peuvent heurter la coque.
C’était très ingénieux. Nous nous installâmes dans un des voiliers, les voiles furent déployées et nous attendîmes que se lève la prochaine tempête, ce qui ne tarda pas.
Ce port délimite une zone à haut risque, où la météo y est absolument imprévisible. On raconte que c’est dans cette zone, protégée par les vents, que Sylvanide, une jeune étoile, échoua sur Kandara, se métamorphosant en obélisque et irradiant de jeunesse, force et santé tous ceux qui viendraient la trouver dans d’honnêtes intentions.
Le vieux bédouin prit la barre, à la proue du voilier, virant tantôt à bâbord, tantôt à tribord.
Les premiers jours, je m’étais installé à ses côtés afin de garder toujours un œil sur le désert mais la routine me gagna. Je ne savais pas où nous nous dirigions. Seul Haremheb et quelques initiés le savaient.
Au neuvième jour, le bédouin ordonna de jeter l’ancre. Je nous croyais arriver mais ensuite, une rafale nous percuta sur le côté et j’imaginais déjà le voilier se retourner. La clameur du vent était impressionnante ! La tempête sembla durer une éternité puis se calma et nous poursuivîmes notre route. Ce fut la première d’une longue série.
Haremheb avait tout prévu, des vivres pour tenir un siège de plusieurs semaines. Nous ne manquions de rien mais je m’impatientais. Et puis, au vingt-deuxième jour, le fils et la fille du bédouin se levèrent de leur couche. Ils resplendissaient de santé. J’accourais prévenir Haremheb et écarquillais les yeux. Un jeune homme robuste tenait la barre et me fit signe de regarder par le hublot.
Dans l’horizon, à plusieurs coudées de notre embarcation, se tenait un obélisque blanc étincelant. J’aperçus non loin de sa base, des campements. Haremheb m’expliqua que le vent n’avait pas de prise sur les gardiens de l’obélisque et qu’il était temps, déjà, de prendre le chemin du retour. Mais j’avais ce papier à écrire ! J’avais besoin d’aller à la rencontre des gardiens, de comprendre comment on avait pu dérober des fragments de l’obélisque, dont la réduction en poudre était devenue la nouvelle drogue des jet-setters. Haremheb, heureux de voir ses enfants en pleine santé, me proposa alors de rejoindre le temple d’Eole, à trente jours de navigation où les prêtres satisferaient ma soif de curiosité. Du moins, je l’espérais.
 

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Published by Lina Carmen
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